Sommaire
- Le tambour chamanique : fondements et origines
- Rôle du tambour dans les pratiques chamaniques et spirituelles
- Symbolique et types de tambours dans les traditions rituelles
- Le tambour Assoto : le plus sacré des instruments
- Conclusion : le tambour comme outil universel de connexion spirituelle
Le tambour chamanique : fondements et origines
Le tambour chamanique est un instrument fondamental utilisé par tous les praticiens chamaniques que j'ai eu l'occasion de côtoyer. Dans de nombreuses pratiques animistes, ce dernier occupe une place centrale et tient des rôles similaires. Il s'agit d'un outil utile et nécessaire pour ouvrir les portes de l'invisible et attirer à soi les guides spirituels qui nous sont chers. Le tambour chamanique sert également de vecteur pour le voyage dans l'inconscient et bien au-delà.
Le tambour possède sa propre énergie, son propre pouvoir, et parfois même sa propre volonté. On le rencontre chez tous les peuples chamanistes, et où on ne le trouve pas actuellement, comme chez les Kirghizes et les Bouriates, de sérieuses données historiques semblent démontrer qu'il y fut autrefois en usage et n'a été abandonné qu'à une époque relativement récente.
Un tambour de chaman est constitué par une membrane en peau, tendue dans un cadre en bois de forme circulaire ou ovale. Les petits tambours ronds sont caractéristiques des peuples dits paléo-arctiques, tandis que les grands tambours ovales sont l'apanage des Toungouses, des Yakoutes et de quelques autres groupes apparentés. La membrane de la plupart des tambours est ornée de figurations de l'univers ou de divers éléments du monde mythique, que le chaman tient ainsi en main. Le battoir comporte toujours la figuration d'un génie : le porte-voix du chaman.
Les sons variés que le chaman tire de son tambour, tantôt intenses et menaçants, tantôt doux et mélodieux, l'aident, selon les circonstances, à éloigner en les terrifiant les esprits qu'il combat, ou au contraire, à attirer en les charmant ceux dont il sollicite le secours.
Rôle du tambour dans les pratiques chamaniques et spirituelles
Dans le Vodùn, le vodou haïtien et les nombreuses pratiques issues de l'Étoile Ginen, le tambour fait partie intégrante des cérémonies religieuses. Il est enraciné solidement dans les offices, tout comme le hochet. Pour les vodouisants, ce n'est pas un simple instrument de musique, mais un objet sacré et même la forme tangible d'un esprit. Comme pour tout esprit, les tambours ont besoin des hommes pour renouveler leur énergie et leur force. Les sacrifices et offrandes faits aux tambours font partie des obligations rituelles des sociétés vaudou afin de rendre respect à ces derniers.
« Le coucher Tambour » ou « Bay mangé tambou » représente la cérémonie principale d'hommage à cet instrument. Les tambours sont placés sur des feuilles de bananiers, et des vévés les représentant sont tracés à proximité. Comme pour les Lwas invoqués, ils reçoivent leurs offrandes et des libations d'eau effectuées avec le pot rafraîchisseur.
Le tambour est un Esprit, et comme pour tout esprit, le vodouisant le sert avec conviction et force. La fabrication même des tambours s'accompagne de rites et de précautions qui suggèrent la sainteté de l'objet et contribuent à l'investir d'un caractère mystique. Avant même l'abattage de l'arbre qui servira à concevoir le tambour, le Houngan effectue une office d'adoration aux Lwas qui, une fois l'instrument terminé, pourront répondre à sa voix.
Dans la cavité creusée, on fait couler du clairin (eau-de-vie produite à partir de la canne à sucre). Ensuite, avant même que ce dernier prenne place dans le houmfô pour être intégré à l'office, le tambour est valorisé et consacré par un baptême solennel. Cette pratique de consécration se retrouve dans de nombreux courants mystiques : tout ce qui prend part à une pratique spirituelle doit être consacré afin de lui retirer son caractère profane.
Dans le cadre de cet office de consécration, les tambours sont vêtus d'apparats aux couleurs des Lwas, et celui que l'on nomme « Père-Savane » leur attribue un nom. Découvrez en détail la signification du tambour chamanique et son rôle dans la connexion spirituelle.
Symbolique et types de tambours dans les traditions rituelles
Chaque famille de Lwa possède son propre type de rythme que les musiciens doivent suivre afin d'amadouer l'esprit. Les tambours affectés au culte des Lwas Rada, les lwas racines dont l'origine remonte à l'Afrique ancienne, reproduisent le tambour dahoméen. La caisse, taillée dans un tronc d'arbre, a une forme tronconique. La membrane en peau de bœuf ou de chèvre est tendue au moyen de chevilles renforcées par des cordelettes. Ils sont souvent peints de couleurs vives de façon symbolique.
On ne joue jamais des tambours Rada isolément, mais toujours par groupe de trois. Identiques de forme, ils sont de tailles différentes :
- L'Adjountò ou manman : le plus grand, mesurant plus d'un mètre
- Le Hountò ou ségond : taille intermédiaire
- Le Boula : hauteur variant entre 40 et 50 centimètres
Chaque tambour est battu avec un rythme différent et de façon différente. Le manman est battu avec la main et un maillet en bois. Le hountò s'utilise assis, le tambour placé entre les jambes, avec les paumes des mains (à la façon d'un djembé) ou avec la main gauche et une tige fourchue à la main droite. Le boula, toujours en verticalité, est battu avec deux baguettes.
Est utilisé également l'Ogan, cloche en métal que l'on fait résonner avec une tige de fer. L'Ogan attaque le rythme, suivi par le boula, le ségond et le manman. C'est à la voix du rythme qu'on attribue le pouvoir d'attirer les Lwas et de faire tomber en transe les Chwals.
Dans le culte Pétro, nous retrouvons deux tambours de tailles inférieures au rite Rada : le Gros Baka ou Manman et le ti-Baka, reconnaissables à la forme de leur attache en Y.
Dans le culte Congo, nous trouvons trois tambours de tailles différentes appelés Manman, Timebal et ti-Congo. Ces derniers ressemblent aux percussions européennes tant par la forme que par leur conception. Deux autres tambours sont utilisés en accompagnement des principaux : le crié et le ralé. Un tambour apparaît également dans les cérémonies où Zaka est invoqué : le Djouba ou martinique. Ce dernier est utilisé lorsque Zaka réclame, par la bouche d'un Chwal, qu'on exécute pour lui la danse de ce nom. Le Djouba est un tonnelet à douves, et deux musiciens peuvent en jouer simultanément.
Pour le culte Ibo, les tambours sont en caisse cylindrique et doivent obligatoirement être constitués de peaux de mouton.
Explorez davantage les vibrations du tambour chamanique et leur symbolique pour comprendre les effets profonds de cet instrument sacré.
Le tambour Assoto : le plus sacré des instruments
Aucun tambour n'égale en sainteté le Grand Assoto. Colossal et mesurant près de deux mètres de hauteur, ce dernier est utilisé dans des circonstances solennelles exceptionnelles. Le sacrifice au tambour Assoto comporte une série de cérémonies exceptionnelles en l'honneur de plusieurs Lwas. L'Assoto est une idole, voire un fétiche, et doit être taillé dans des bois prescrits par la tradition, souvent dans du mahaudème (Ochroma pyramalis Cav).
Il est prescrit de le couper à la pleine lune, et la membrane qui le recouvre doit être placée à midi sonnant. La cérémonie d'investiture, lors de laquelle l'âme est placée dans le tambour, nécessite sept ou trois fois sept parrains et marraines. La cérémonie en elle-même est d'une complexité qui ne saurait être expliquée en détail ici.
Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'outre le fait d'être un outil servant à faire le lien entre la réalité dite ordinaire et le monde spirituel, le tambour possède une âme et est élevé au rang d'esprit dans le cœur et l'âme du vodouisant. Pour ceux souhaitant approfondir leur pratique, consultez la fabrication du tambour chamanique et ses dimensions rituelles.
Conclusion : le tambour comme outil universel de connexion spirituelle
Les tambours utilisés dans le culte haïtien revêtent une importance capitale pour l'appel aux esprits et la mise en transe des officiants. Pour les praticiens et acteurs des cultes amérindiens, sibériens, mongoles et autres, vous retrouverez des similitudes indiscutables entre le Vodou et votre culture. Les chants, le tambour, le hochet sont, depuis la plus haute antiquité, utilisés pour faire le lien entre la réalité ordinaire et les plans de conscience supérieures. Ils constituent un outil de voyage, un outil de communication avec les guides, et pour certains, un outil de divination.
D'ailleurs, chaque fois que des États, par le passé, ont voulu sévir contre le paganisme, ils ont commencé par proscrire l'usage de cet instrument. Cela témoigne de la puissance réelle du tambour chamanique et de sa capacité à transformer la conscience. Son essence spirituelle et sa fonction de lien avec l'invisible en font un élément indispensable de toute pratique authentique du chamanisme.




