CONSULTATION

Dans la culture vaudou, les vaudouistes ne peuvent communiquer directement avec le dieu Bondye. Ils le font via des esprits appelés loas. Chacun de ces derniers dispose d’un symbole particulier permettant de l’invoquer pour qu’il puisse agir. Vous désirez tout savoir à propos des symboles vaudou de protection ? Vous êtes au bon endroit. Cet article vous dit tout à propos.

Qu’est-ce qu’un symbole de protection vaudou ?

Encore appelé « vèvè » ou « vévé », un symbole de protection vaudou est une sorte de dessin fait par les prêtres vaudou ou hougans autour d’un « potomitan ». Ce dernier désigne un pilier situé en plein cœur du péristyle. Il sert de lieu de passage aux esprits encore appelés lwas ou loas. Le symbole est dessiné avec de la poudre (la cendre, les farines de blé, de maïs, etc.), de la craie, du sirop de canne, du marc de café, etc.

Par ailleurs, notons que ces symboles peuvent également être dessinés sur d’autres supports tels que des animaux ou des cruches. Ils peuvent aussi l’être en extérieur lors des rituels en fin d’année. Notons que les vévés se retrouvent également à l’intérieur des « pwens vaudou » qui ne sont rien d’autre que de puissants talismans de protection.

Par ailleurs, chaque vévé correspond à un loa. Il réunit alors tous les symboles de ce dernier. Les symboles vaudou de protection varient d’un lwa à un autre. Ces symboles sont traditionnels, mais avec une forme stylée.

Comment sont tracés les symboles vaudou de protection ?

Pour tracer les symboles protecteurs des loas, le prêtre vaudou prend dans une assiette, une pincée de la poudre ou de la farine dont il fait usage. Il la fait ensuite glisser entre son pouce et son index de façon à laisser un mince et régulier trait sur le support.

Ce faisant, il dessine des animaux ou des objets ou encore des motifs géométriques. Ils peuvent s’étaler sur de vastes surfaces. Soulignons que pendant que le hougan trace les symboles, le cœur des hounsis chante.

Certains symboles de protection vaudou qui contiennent plusieurs vévés. S’étalant d’un bout à l’autre du péristyle, ces symboles sont disposés de façon symétrique autour du potomitan.

symbole de protection vaudou : le vévé de baron samedi
le vévé de baron samedi

Les vaudouisants consacrent chaque vévé. Pour ce faire, ils y déposent de petits tas de maïs grillé accompagnés d’autres aliments secs. Ils arrosent ensuite ces derniers avec du kola, de l’acassan, du rhum ou encore n’importe quelle autre boisson.

Notons que les libations se font trois fois. Le prêtre vaudou, en marmonnant en langue des formules de rituel, secoue son hochet au-dessus des symboles. L’on allume enfin une bougie que l’on dépose sur le dessin. Puis le hougan, accompagné des autres dignitaires du houmfô viennent saluer ce dernier en jetant de l’eau là-dessus.

Quelques exemples de symboles vaudou de protection

Nous vous décrivons les symboles protecteurs de quelques loas.

Il est composé d’un sabre et d’une image de feu (l’image de feu peut ne pas être présente) avec les lettres V et A. Ces deux lettres symbolisent respectivement la masculinité et les guerriers.

Il est constitué d’une croix ornée d’une canne.

Il est composé de deux serpents disposés de façon parallèle autour d’un bâton. Ces reptiles peuvent également former un triangle entourant une croix.

Ce symbole est juste un cœur. Ce dernier est percé d’une épée parfois.

Il se compose d’une croix disposée sur une tombe ou un autel. Deux cercueils entourent souvent cette croix.

Il se compose de trois traits verticaux ou horizontaux disposés en parallèle. Des V entrecroisés les recouvrent et au centre de chaque trait se trouve un nœud. Notons que les V entrecroisés symbolisent l’union des contraires.

Agwé étant le patron des pêcheurs, son symbole vaudou de protection est un bateau.

La divination a un grande place dans la pratique magique vaudou. En effet, en faisant appel aux bons lwas, les sorciers vaudous peuvent avoir des aperçus de l'avenir. Et certains se spécialisent dans cette pratique de la divination vaudou...

La divination vaudou, une pratique aux multiples facettes

Le vaudou (haïtien) propose de nombreuses formes de divination. Parmi celles-ci, la plus fréquemment trouvée est celle de la clairvoyance par les rêves. Les vaudouisants les utilisent pour prédire l'avenir, ou comprendre les messages des esprits (lwas ou ancêtres notamment).

D'autres vaudouisants plus rares sont connus dans leur communauté pour leur capacité à "voir" les esprits. Ils peuvent alors communiquer avec eux et réaliser des divinations vaudou plus précises qu'avec les rêves. Ils savent aussi pratiquer la clairvoyance en utilisant un verre d'eau, une bougie ou la fumée d'un cigare par exemple. C'est une forme de magie vaudou très particulière.

cartes de divination vaudou
cartes de divination vaudou

D'autres pratiques de la divination vaudou existent, car elles sont souvent passées de génération en génération au sein d'une famille. Beaucoup utilisent les cartes à jouer pour pratiquer la divination, d'autres préfère utiliser des brindilles ou des animaux sacrifiés. Enfin, certains préfèrent se passer d'outil et poser leurs questions sur l'avenir à un lwa lors d'une possession.

Etymologie de la divination vaudou

On parle aujourd'hui de divination en pensant à la clairvoyance. Pourtant, le mot divination ne veut pas dire "voir l'avenir". Il provient du latin divinare, qui peut se traduire « accomplir des choses divines ». On comprend alors que l'art de la divination ne se limite pas à la clairvoyance, mais bien à la réalisation d'actes hors de portée des Hommes.

Quant au terme « vaudou », il est issu du mot fon « vodoun ». Il fait référence à l’ensemble des forces invisibles ou des dieux à qui les êtres humains quémandent favorablement la bienveillance. Il confirme qu’un monde naturel existe et aussi qu’il existe diverses pratiques permettant d’entrer en contact avec ce monde.

Ainsi, on comprend que la divination vaudou est une discipline qui va plus loin que l'interprétation des cartes. C'est une pratique large qui demande des compétences hors du commun.

Rappel : le vaudou à travers l’histoire

Souvent mécomprise, le vaudou est une religion qui tire ses origines de l’Afrique de l’Ouest plus précisément l’ancien royaume du Dahomey. Cette religion est également connue sous diverses appellations telles que : le vodoun, le vaudoun, le vodou, le vaudouisme et voodoo. Elle provient des cultes animistes de l’Afrique. On le retrouve plus principalement au Bénin et au Togo.

Les esclaves venant de ces deux régions de l’Afrique ont répandu le culte du vaudou en Amérique et aux Caraïbes à partir du XVIIe siècle. De nos jours, ce culte est présent sous diverses formes en Haïti, au Brésil, à Cuba et aux États-Unis (plus précisément en Louisane). C’est également le cas en Afrique du Nord.

Par ailleurs, il existe dans le monde entier plusieurs communautés vaudouisantes répandues beaucoup plus aux Antilles et en Amérique. Les communautés les plus discrètes existent en Europe. Mais elles sont très actives. On a le Hounfor Konblanmen, le Lakou sans Lune et le Honfor Bonzanfè. Cette religion compte à son actif plus de 50 millions de pratiquants. Le culte vaudou s’est étendu au début du 21ème siècle au Canada.

Qu’en est-il des divinités vaudou ?

Les pratiquants du vaudou (vaudouisants ou encore vaudouistes) ont la foi en un être suprême. Ce dernier est appelé « Mawu » ou « Bondye » ou encore « Granmèt ». Celui-ci n’a pas de forme. Il ne peut donc être représenté ni peint ni associé à des objets. Il ne fait pas partie du panthéon vaudou.

Bondye n’est pas une personne, il est une entité, un concept. Il n’est pas accessible aux vaudouisants, il n’intervient pas dans les affaires des humains et du monde. Il aurait créé les esprits à qui les vaudouistes adressent leurs prières.

Magie Vaudou - Vévé du Lwa Loko Atison
vévé de lwa

Quant aux esprits, généralement connus sous le terme (Lwas ou Loas), ils sont des entités inférieures. Chaque Lwa est responsable d’un aspect précis de la vie et est associé à un saint de l’Église Catholique. Notons qu’il existe plusieurs esprits. Les plus connus sont :

Par ailleurs, les esprits appartiennent à des groupes de famille partageant un même patronyme. Ces groupes familiaux sont Guédé, Azaka, Erzulie et Ogun. Chacune de ces familles est liée à un aspect précis. Par exemple, la famille Guédé se charge de la gouvernance de la fertilité et de la mort tandis que les Ezulie sont associés au domaine féminin de la vie.

Notons également que les divinités vaudou constituent un panthéon. Ce dernier est subdivisé en familles (rites) dont les plus populaires sont les Gede, les Petro et les Rada.

Les wangas vaudou sont généralement utilisés pour apporter bénédiction ou maléfice dans la vie d’une personne. Souvent contenus dans de petits sacs en tissu opaque, ils peuvent également se présenter sous diverses formes. Mais que désignent les « Wangas » ? À quoi servent-ils ? C'est le sujet du jour.

Les Wangas Vaudou : Que faut-il savoir ?

En général, les wangas désignent des sortilèges. Mais dans la magie vaudou, il s’agit de petits objets (des amulettes) dont l’effet magique est faible. Par ailleurs, notons que plusieurs objets peuvent composer un wanga (morceau de bois sculpté, association de cailloux et de feuilles, sac de poudre de pattes de poule, etc.).

Mais en principe, pour qu’il soit efficace, seul le bokor ou le hougan ou le sorcier vaudou l’ayant consacré doit en connaître le contenu. Même un seul de ses ingrédients ne doit pouvoir être deviné.

Les différentes catégories de wangas

Il existe toute une diversité de wangas. Mais une classification permet de les regrouper en deux grandes catégories : les wangas actifs et les wangas passifs.

Les wangas actifs

Cette catégorie de wangas n’est pas destinée au grand public. En effet, seul un initié et pratiquant du vaudou peut les utiliser. Aussi, toutes les fois où il voudra s’en servir, il devra investir de l’énergie. Chaque wanga actif est attribué à un loa (esprit) précis. Aussi, ils sont utilisés à diverses fins. En outre, notons qu’il existe également des wangas accessibles et des wangas rares. Les derniers sont plus difficiles à trouver ou plus onéreux.

Quelques exemples de wangas actifs et leurs rôles

Wanga inhabituel, il est associé à Papa Lègba. Il permet de trouver la plus proche terre ferme. Pour le faire fonctionner, il suffit de le faire pivoter.

Il s’agit d’un wanga courant et qui sert à trouver la plus proche source. Il est associé au lwa Agoue.

Associé aux loas de la famille Guédé, l’œil qui voit est un wanga rare. Pour le faire fonctionner, il faut le poser quelque part. Après être entré en transe, son propriétaire voit ce qui se trouve dans le champ de vision de l’œil. Notons que ce dernier ne peut pas pivoter. Aussi, le sorcier ne peut rien entendre. À chaque essai, la durée de sa vision se limite à 10 minutes. De même, c’est un sorcier borgne qui doit l’utiliser.

Associé au loa Erzulie, ce wanga permet de devenir invisible au beau milieu d’une foule. C’est un wanga rare. Pour le faire fonctionner, il suffit de passer la poudre de craie au visage et de passer le rouge à lèvres. Vous ne serez vu par aucun Homme blanc dans la foule.

Elle est associée au loa Damballah Vedo. Ce wanga est inhabituel. Il fonctionne de façon automatique et symbolise la chance aux jeux.

Les wangas passifs

Ceux-ci fonctionnent de façon permanente. Mais ils produisent un faible effet. Généralement, ils servent à protéger celui qui les porte. Il est très facile de les activer. Pour y parvenir, il suffit de les accrocher et d’y croire de manière ferme.

Rôle des wangas passifs

Comme dit ci-dessus, les wangas passifs sont des amulettes de protection. Ils assurent alors les protections rares, inhabituelles et courantes au porteur. Les protections courantes concernent l’ivresse, les insolations et les maladies vénériennes. Quant aux protections inhabituelles, elles constituent des protections contre les serpents, les fauves, les prédateurs marins et les insectes.

Par ailleurs, les wangas passifs soignent également. À ce titre, ces amulettes peuvent être très bénéfiques en cas de blessures. En outre, les wangas actifs peuvent aussi préserver le porteur des balles et lames au cours des combats.

Les malédictions vaudou sont très courantes dans notre société. Et lorsque rien n’est fait, l’état de la personne concernée peut s’empirer rapidement. Faillite, malchance et maladie ne sont que quelques maux qui peuvent découler d'une telle malédiction. Heureusement, il existe des moyens pour détecter si l’on est porteur d’une malédiction vaudou et y remédier à temps. Cet article explore ce sujet.

Qu’est-ce qu’une malédiction vaudou ?

La malédiction vaudou est une sorte de rituel et de pratique du vaudou ayant pour but de provoquer le malheur sur une personne afin de la détruire sur tous les plans (physique, psychique, financier, etc.). Au cours de ce rituel, l’on invoque une force surnaturelle démoniaque ou malfaisante (forces occultes, mystiques et invisibles) afin qu’elle s’en prenne au corps physique, au corps psychique ou au chakra de la personne à maudire. La malédiction peut également se faire à travers une incantation ou une prière.

illustration de malédiction vaudou

Notons que la malédiction vaudou peut avoir plusieurs origines. Il peut par exemple s’agir d’un problème de couple, de la jalousie, de la vengeance, de la rivalité, etc.

Cependant, la malédiction pourrait également provenir des esprits. En effet, si vous avez offensé un Lwa par vos actes ou vos paroles, celui-ci peut vous maudire. C’est également le cas si vous ne tenez pas une promesse faite à un loa (pwomess, un acte central de magie vaudou).

Notons que le sort de malédiction est si puissant qu’il faut souvent l’intervention d’un hougan (prêtre vaudou), d’un exorciste, d’un sorcier vaudou, etc. La malédiction peut toucher une personne, une famille ou toute une communauté entière.

Comment savoir si l’on porte une malédiction vaudou ?

La majorité des personnes qui sont maudites ne le savent même pas. Heureusement qu’il existe des moyens pour savoir si l’on porte une malédiction vaudou ou pas.

Pour conjurer efficacement un mauvais sort, vous devez d’abord chercher à connaitre ce à quoi vous avez affaire. D’abord, vérifiez si vous n’avez perdu aucune de vos photos. Il s’agit ici des photos anciennes, pas celles numériques. Possédant une énergie aurique, elles sont souvent utilisées au cours de divers rituels, bons comme mauvais.

S’il vous en manque une, il est possible qu’elle ait été volée et utilisée pour vous jeter un mauvais sort. C’est également le cas si l’un de vos sous-vêtements (ceux portés surtout) ou l’un de vos objets personnels (une montre par exemple) a disparu.

lancer une malédiction vaudou avec une dagyde
la poupée vaudou (dagyde) est un outil classique en agie vaudou, mais ce n'est pas le seul support pouvant servir à lancer une malédiction.

De même, les amulettes servent de protection contre les malédictions et les énergies. Si vous en avez une et qu’elle disparait ou se brise, comprenez que vous êtes consommé par une très puissante énergie.

En outre, une personne maudite aura de grandes difficultés à être épanouie dans sa vie. Cette dernière est une succession d’échecs (maladies, manque d’affection, divorce ou problèmes dans son foyer, manque de tranquillité, poisse, peur, stress, anxiété, misère, etc.).

Aussi, des entités à faible vibration sont habituellement attirées par les malédictions. Celles-ci se chargent de poursuivre la personne maudite. Si votre animal de compagnie se comporte étrangement, cela devrait vous interpeler, car ces êtres détectent plus facilement les énergies. Il est alors intéressant de travailler sur l'amélioration de l'énergie de son lieu de vie.

Comment briser une malédiction vaudou ?

Lorsque vous remarquez dans votre vie des signes de malédiction, il faudra songer à y remédier le plus vite possible, car une malédiction non gérée peut avoir de graves conséquences. La première chose à faire est de vous assurer que vous êtes bien porteur d’une malédiction vaudou. Pour le savoir, il faudra consulter un hougan (prêtre vaudou) un prêtre exorciste (si vous êtes un chrétien catholique), un sorcier, un mage, etc.

Après la consultation, si vous portez vraiment une malédiction vaudou en vous, vous aurez à accomplir un rituel pour vous débarrasser du mauvais sort. Généralement, les rituels consistent à faire des bains de purification. Il peut également s’agir de la récitation d’une prière.

L'expert en sciences occultes que vous choisirez de consulter saura vous donner une procédure adaptée à votre cas. Si ce n'est pas le cas, n'abandonnez pas. Essayez un autre praticien, qui aura certainement une approche différente.

En plus du rôle spirituel reconnu au vaudou dans la société, il a également une dimension liée à la guérison des maladies. Cette dimension est assurée par le docteur feuille vaudou.

Encore désigné sous l’appellation de docte fey, le docteur feuille est considéré comme un prêtre, mais aussi un sorcier-guérisseur. Il y a beaucoup à découvrir à propos de son rôle dans la magie vaudou et de son mode de fonctionnement. Cet article vous en dit un peu plus.

Comment le docteur feuille vodou est-il désigné ?

Il existe plusieurs thérapeutes vaudous. Mais pour devenir docteur feuille, la volonté seule ne suffit pas. On le devient par désignation. Que ce soit le docteur feuille vodou, les accoucheurs ou d’autres thérapeutes vaudous, ils n’ont pas la liberté de choix.

En Haïti, de nombreux praticiens affirment que s’ils exercent leur fonction, ce n’est pas par choix, mais plutôt parce que les lwas les ont désignés comme serviteurs.

Vous vous dites certainement que le docteur feuille peut bien refuser sa mission. Mais en réalité, il y aurait des mesures de coercitions pour le mener à exécuter la mission. Ainsi, certaines maladies ou d’autres malheurs peuvent s’abattre sur lui en cas de refus d’assumer cette désignation faite par les lwas.

Le début de la carrière du docteur feuille se déroule de manière assez particulière. On remarque souvent dans son entourage un proche qui est malade. Il s’agit généralement d’un cas dans lequel la maladie a résisté à toutes les tentatives de guérison.

Lorsque tout espoir est donc perdu, le futur docteur feuille vodou fait un rêve à travers lequel il communique avec les lwas. Ces derniers lui révèlent le remède destiné à guérir son proche. Il s’en servira donc pour le libérer de son mal. Le rêve est alors considéré comme la dimension dans laquelle le futur docteur feuille rencontre le lwa. C’est donc lui qui lui donne les connaissances requises pour jouer son rôle à merveille.

Dans d’autres situations, c’est le futur docteur feuille même qui tombe malade. Cette maladie n’est rien d’autre que la manifestation du lwa de faire de la personne un docteur feuille vodou. Ainsi, l’acceptation de cette mission entrainera sa guérison.

De bien des façons, on peut faire des rapprochements entre le docteur feuille vaudou et le guérisseur chaman. Les deux sont en effet en communication avec les esprits de la nature afin d'apporter la guérison aux Hommes. Notons au passage qu'un sorcier vaudou n'est pas obligatoirement un docteur feuille, mais que nombre d'entre eux s'intéressent aux soins et finissent par obtenir ce titre, comme c'est le cas pour Loray Gwondé.

Quel est le rapport entre le docteur feuille et les lwas ?

La relation entre le docteur feuille et le lwa répond à plusieurs exigences. En effet, la mission du docteur feuille ne s’arrête pas seulement à la guérison. Le docteur feuille doit servir les lwas, les installer et leur donner tout l’honneur qui leur est dû. D’autres lwas exigent même que le futur docteur feuille contracte un mariage mystique avec eux.

illustration docteur feuille vaudou
Un docteur feuille est avant tout un expert du soin par les plantes ayant la capacité de communiquer avec les Lwas.

Mais il n’y a pas que sur le docteur feuille que des obligations pèsent. Les lwas également ont leur part à jouer dans la relation. Ainsi, ils doivent assurer la fourniture des connaissances nécessaires à travers les rêves. Par ailleurs, les lwas doivent garantir la sérénité et la réalisation de la mission en toute tranquillité.

En raison de la diversité des lwas et de leur domaine de prédilection, le docteur feuille peut en solliciter plusieurs.

Quel est le domaine d’intervention du lwa ?

Le docteur feuille peut intervenir dans le cas de diverses maladies. Ainsi, face à des maladies envoyées par des personnes tierces (maladi ekspedysyon), le docteur feuille vodou peut intervenir.

Ce dernier peut également mettre ses compétences à l’œuvre en cas de maladie provenant des forces destructrices (maladi satan). C’est également le cas lorsque la maladie a pour origine un homme ou encore une âme défunte.

Le docteur feuille a deux explications par rapport à ces maladies. Le malade peut être le responsable de son mal parce qu’il n’aurait pas accompli ses obligations envers les ancêtres ou ses lwas. La source peut aussi simplement être une tierce personne qui essaie de nuire au malade.

Comment se fait la consultation avec un docteur feuille ?

Le déroulement d'une consultation variera d'un docteur feuille à un autre, ainsi qu'en fonction des situations. Mais bien souvent, voici comment elle se déroule...

La consultation se fait dans un lieu privé. Seul le docteur feuille et ses assistants y ont accès. Ce lieu est désigné sous l’appellation de badji. Ainsi, en présence du malade, le docteur feuille fait appel au lwa. Par ailleurs, il est possible de faire une consultation en l’absence de la personne.

On peut également consulter sur sa propre personne bien que n’étant pas malade.

La consultation par le docteur feuille se déroule en trois différentes phases. Il y a la libation de kléren (alcool de sucre de canne). Celui qui fait la consultation en mettra sur son visage ou dans ses mains. Le docteur feuille se met alors à faire ses invocations tout en gardant une bougie allumée. Il fait des mouvements avec son tchatcha. Ensuite, l’esprit prend possession de lui.

La possession marque la présence du lwa. La situation peut se présenter de diverses manières. Premièrement, il peut y avoir juste un échange avec le professionnel. Dans un autre cas, la voix du docteur feuille peut changer. Ce qui indique son entrée en transe.

Après cette phase, le docteur feuille détermine le mal qui affecte le consultant et échange avec lui.

Dans la tradition vaudou, les lwas sont des esprits de la nature, des mystères très puissants et invisibles, faisant le lien entre les Hommes et bondye, le dieu suprême. Dans cet article, nous verrons plus en détails qui sont les lwas vaudou et quels rôles jouent-ils dans cette tradition.

Les lwas : Qui sont-ils ?

Encore appelés « loas », les lwas (provenant du mot français « lois ») désignent les esprits de la pratique vaudou. Ils sont également connus sous les appellations « Invisibles » et « Mystères ». Selon la religion vaudou, il existe un grand maître, le créateur suprême appelé Mbamawu (du Dahoméen « Mawu ») ou encore Bondye (du français "Bon Dieu").

veve lwa vaudou
veve

Mais les praticiens du vaudou ne peuvent s’adresser à lui directement, car étant inaccessible. Ils prennent par les esprits (lwas) pour y parvenir. Les lwas sont alors des entités inférieures servant d’intermédiaire entre les humains et le grand maître.

Les vaudouisants les prient, les honorent et les servent en tenant compte de leurs attributs et goûts. Ils y parviennent via des rites et services spécifiques. Lors de ceux-ci les vaudouisant chantent, dansent et font des offrandes.

Notons que les loas ne sont en aucun cas des dieux en eux-mêmes. Il s’agit plutôt des incarnations des divinités se manifestant sous diverses formes. Aussi, aucun lwa n’est supérieur à un autre.

Le rapport des lwas avec les vaudouisants

Les noms des loas varient en fonction du lien avec les vaudouisants. On a :

Il s’agit du lwa hérité d’un parent.

Ce lwa est acheté en raison de son efficacité.

Il s’agit du loa des initiés.

Quelles sont les familles des loas ?

Vingt et une nations se rencontrent dans le vaudou haïtien. Leurs divinités forment un panthéon. Ce dernier est à son tour composé de plusieurs familles (rites) de lwas. Les rites les plus connus sont les rites Rada, les rites Petro et les rites Gede.

Le rite Petro

Il est le rite le plus récent. Il comprend les esprits de création créole originaire de Saint-Domingue. En principe, ces esprits sont ceux qui ont le plus de la fougue. Parfois, ils sont également les esprits les plus belliqueux et les plus agressifs. Ils regroupent Marinette, Erzulie Dantor, Kalfu et les Ogun. Ils ont le rouge comme couleur traditionnelle.

Le rite Gede ou Guédé

Cette famille comprend les esprits de la mort. Traditionnellement, ils sont menés par maman Brigitte et les Barons (Baron Cimetière, Baron Kriminel, Baron Cimetière, Baron Samedi). Ce rite est le plus bruyant, grossier, sexuel et aimant souvent s’amuser et rire. Ses couleurs traditionnelles sont le violet et le noir. Cette famille est fêtée les 1er et 2 novembre représentant successivement la fête des Saints et la fête des défunts dans le culte catholique.

Le rite Rada

C’est le panthéon le plus ancien. Il rassemble les esprits provenant du Dahomey. En plus d’être les plus anciens, ces esprits sont également les plus bénéfiques. Ils sont :

Ce rite a pour couleur traditionnelle, le blanc. Mais à ce dernier est ajoutée la couleur spécifique à chaque esprit individuel.

Les vévés des Lwas

De nombreux outils existent dans la religion vaudou afin d'entrer en communion avec les lwas. Parmis eux, les vévés sont certainement les plus rependus. Ce sont des symboles représentant chacun un Lwa bien spécifique. Ils ornent toutes sortes d'objets rituels du vaudou, voir même de simples tissus.

Apprenez en plus sur les vévés dans cet article.

Les divers loas existant dans la religion du vaudou haïtien

En Haïti comme dans tout le monde entier d’ailleurs, le grand maître du vaudoun (Bondye) est associé au Dieu du christianisme. Ses esprits, les loas sont quant à eux, associés aux Saints chrétiens.

Beaucoup, dont Loray Gwondé, soutiennent cependant que ce parallèle n'a pas lieu d'être et que les vaudouisant l'avaient créer de toute pièce pendant la période d'esclavage, afin de pouvoir poursuivre à honorer les lwas malgré l'oppression du christianisme.

Ainsi, nous avons :

Au titre des divers « loas » existant dans la religion du vaudou haïtien, on peut également citer :

On n’oubliera pas aussi :

Font entre autres partie de cette catégorie des loas :

Le sorcier vaudou, lien entre les vaudouisant et les lwas

Expert de la magie vaudou (ou travay) le sorcier vaudou est un être à part, capable de communiquer avec les lwas. Il peut alors obtenir de leur part de Pwomess afin d'agir plus ou moins directement sur la vie des vaudouisants. Un sorcier vaudou compétent sera ainsi par exemple capable de "tordre" la chance en la faveur de quelqu'un, ou de débarasser un individu d'une malédiction lancée par un tiers. Le sorcier peut également utiliser la magie vaudou en amour, dans certains limites évidemment. Contactez Loray Gwondé pour en savoir plus.

Le vaudoun ou vaudou est une religion qui repose sur les esprits et divers objets tels que les poupées, les bougies, les amulettes, le cercueil vaudou, etc. Le pwen en fait également partie. Mais qu'est ce qu'un pwen vaudou ? À quoi sert-il ? Découvrez tout à propos de ce talisman chargé de pouvoir en lisant cet article.

Le pwen vaudou : Que faut-il savoir ?

Encore appelé « garde vaudou » ou « gad vodou », le pwen vaudou est un type de repozwa qui protège avec efficacité la personne à qui il appartient. Ce talisman est généralement entouré par des « vévés » spécifiques. Un pwen accueille un Lwa, et des incantations particulières sont inscrites en son centre de façon à diriger les forces qu’elles représentent comme il se doit. Les « vévés » quant à eux sont des dessins symboliques qui représentent les loas ou encore lwas (esprits).

Le vévé de Baron Samedi

Notons que les incantations inscrites au centre du pwen correspondent aux besoins du vaudouisant ainsi qu’à l’action à accomplir par le vaudoun. Le pwen vaudou est un talisman de protection qui peut être très puissant en fonction de la personne qui le réalise.

N'importe quel objet peut être transformé en pwen si l'on sait s'y prendre. Mais on utiliser souvent du parchemin végétal pour en créer.

Pour accomplir sa mission, ce puissant talisman délimite un champ d’action à l’intérieur duquel il rayonnera. Il veillera sur tout et tous ceux qui s’y trouveront. Raison pour laquelle il est généralement recommandé de réaliser au moins deux gardes vaudou. L’un sera destiné à protéger la maison en général. Pour ce qui est du second, on l’accrochera dans la pièce de travail à l’intérieur de laquelle se font les pratiques vaudoun.

Ainsi, ce talisman ne peut être détourné de sa mission de protection pour plutôt agir de façon opposée à celle-ci. Il ne peut également nuire au praticien.

En outre, les vibrations du pwen pénètrent à la fois le corps et l’esprit. Vous pouvez alors vous attendre à être efficacement protégé par ce talisman actif. Il sera beaucoup plus puissant s’il a été soigneusement préparé après un rituel de protection.

En effet, pour être efficace, le pwen vadou doit être chargé au cours d’un rituel de protection. Sans quoi, il ne serait qu’un bout de papier sans aucune importance, sans aucune valeur et sans vie.

Comment réaliser un pwen vaudou ?

Le pwen vaudou est fabriqué en deux temps.

Pour commencer, vous devez choisir les vévés qui correspondent à la protection dont vous aimeriez vous doter. En effet, chaque loa correspond à une protection particulière. Ainsi, avant de choisir les vévés, vous devez définir avec précision votre besoin de protection. Il peut s’agir de vous protéger contre la mauvaise fortune, la mauvaise chance, la maladie, la magie noire, etc.

Une fois qu’il est établi, il ne vous restera qu’à choisir des symboles parmi ceux sacrés des lwas. Vous utilisez alors celui ou ceux qui vous garantiront le genre de protection que vous recherchez.

Au cours de la deuxième phase de la réalisation de votre gad, il s’agira de composer vos incantations de protection. Notons qu’elles doivent être personnelles et secrètes. Ces incantations peuvent être multiples. Vous pouvez également vous contenter d’une seule. L’essentiel est de les rédiger de façon positive et surtout au temps présent. Naturellement, vous pouvez les écrire en français.

Une fois que ces deux étapes sont achevées, faites une description sommaire de votre garde. Celle-ci sera faite de manière à vous permettre de vous souvenir des vévés à utiliser ou des incantations surtout si elles sont longues donc difficiles à mémoriser. De ce fait, une fois le moment opportun arrivé, vous pourrez fabriquer votre véritable pwen en un temps record.

Vous choisirez enfin un rituel vaudoun de protection que vous pratiquerez. Au terme de ce rituel, vous fabriquerez votre pwen avant la conclusion de la cérémonie. Une fois réalisé, vous le suspendrez à l’endroit où vous souhaitez qu’il protège.

Quels sont les différents types de pwen vaudou ?

En vaudoun, il existe divers types de gardes. En effet, les pwen ne servent pas qu’à protéger. Ils interviennent également dans d’autres domaines précis et sont classés en fonction de ceux-ci. Ils sont notamment :

Appartiennent également à la catégorie des pwen vaudou :

Suis-je obligé de réaliser mon pwen moi-même ?

Pas du tout, c'est même très peu recommandé pour le non-initié. Un sorcier vaudou, une mambo ou un houngan pourra vous réaliser un pwen de qualité sur demande. Loray Gwondé est un socier vaudou expérimenté, contactez-le pour plus d'informations.

Originaire de l’Afrique de l’Ouest, la magie vaudou est répandue à travers le monde entier. Fécondité, amour, profession…, elle intervient dans tous les domaines de la vie. Aujourd'hui, nous verrons ce que la magie vaudou peut faire en amour et nous trierons le vrai du faux.

La magie vaudou et l’amour

À l’instar de tous les domaines, la magie vaudou peut également être utilisée en amour. Dans ce domaine, elle est utilisée pour envoûter. Et l’envoûtement peut conduire à diverses fins comme :

Par ailleurs, dans le domaine de l’amour, les trois types de magie (blanche, noire et rouge) peuvent être utilisés. Les rituels varient donc en fonction de l’objectif visé et de la magie utilisée.

Oui, la magie vaudou peut beaucoup aider en amour

Car la magie vaudou, aussi nommée travay, consiste essentiellement à demander l'aide des Lwas afin d'intervenir sur le monde des vivants. Ces Lwas, par leurs pouvoirs, peuvent parfaitement aider à tourner les événements en votre faveur.

Ainsi, un certain rituel permettra d'aider l'être aimé à se souvenir de nous, et à éventuellement nous envoyer un message. Ou un pwen bien particulier nous aidera à attirer la personne qui nous correspond. Le reste dépend de nous, les Lwas ne vont pas tout faire à notre place !

Non, la magie vaudou en amour n'est pas un remède miracle

On croit souvent qu'un rituel de magie vaudou va permettre de complètement envouter une personne pour qu'elle devienne, du jour au lendemain, folle de nous. Ce n'est évidemment pas comme ça que ça marche, car la vie n'est pas aussi simple que le scénario d'un film pour adolescent.

La magie vaudou consiste à invoquer le pouvoir des Lwas directement, par le biais de pwomess, ou en créant des talismans comme des wangas, des repozwas ou encore des pwens. Ce sont les pouvoirs des Lwas qui vont pouvoir travailler afin de courber le destin et nous aider en amour.

Ainsi, si vous recherchez de l'aide en amour et souhaitez passé par la magie vaudou, cela est une très bonne idée à condition de passer par un sorcier vaudou expérimenté et sérieux.

Ezili Freda, le Loa de l'amour du rite Rada

Afin de travailler sur les problématiques sentimentales, le sorcier vaudou fait très souvent appelle à Ezili Freda, du rite Rada. Cet esprit bienveillant peut, au travers des synchronicités, intercéder dans une problématique affective et sentimentale. Il existe également des actions d’influence plus ciblée sur la psyché.

Les parasites extérieurs qui nuisent aux relations

Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet ici, mais il faut aussi savoir que dans certains cas, les problèmes de relations sont dues à des parasites extérieurs à nous mêmes. Dans un tel cas, le sorcier vaudou s'en débarrassera et les relations s'en trouveront assainies par la suite.

Rappel : petite histoire du vaudou

Le vaudou est également appelé voodoo, vodoun, vodou ou encore vaudouisme. C'est une religion qui provient de l’Afrique de l’Ouest, plus précisément de l’ancien royaume du Dahomey (l’actuel Bénin).

Né des cultes africains, le vaudou est issu de la fusion entre les cultes traditionnels des divinités ewe et fon et des dieux yoruba, au cours de la création du royaume Fon d’Abomey et de son expansion aux 17e et 18e siècles. Il est également répandu au Togo.

Cette religion d’ordre cosmique s’est répandue à travers le monde entier via l’esclavage. En effet, les esclaves provenant de ces parties de l’Afrique ont répandu la magie du vaudou en Amérique et aux Caraïbes. De nos jours, cette pratique se retrouve sous diverses formes principalement en Louisiane et à Haïti. C’est également le cas au Brésil, à Cuba et aux États-Unis. On la retrouve aussi en Afrique du Nord (le Maroc surtout).

À l’heure actuelle, il existe presque une cinquantaine de millions de pratiquants du vaudou à travers le monde entier. Aux Antilles et sur le continent américain, vous rencontrerez plusieurs communautés « vaudouisantes ». Celles en Europe bien qu’étant discrètes sont bien actives comme le Hounfor Konblanmen, le Lakou sans Lune ou encore le Hounfor bonzanfè. Ces communautés existent également au Canada.

Les rites du vaudou

Le terme « vaudou » vient du mot dahoméen « vodu » qui signifie esprit. La magie du vaudou est alors directement liée au domaine des esprits. Par conséquent, elle comprend les possessions, les transes, la communication avec les défunts et le grand servitorat des esprits.

Par ailleurs, le vodou repose essentiellement sur le concept d’esprit. Nommés « les loa », les esprits occupent également une place majeure dans la magie vodoun. Ce sont des esprits ancestraux se regroupant en trois grandes familles qui sont :

Il en existe toute une multiplicité (21 nations d'esprits sont référencées)avec des origines diverses (héros, prêtres, rois, etc.). Ils sont associés à de différentes choses (eaux, forêts, mort, santé, etc). Ainsi donc, le mage vaudou, pour opérer, tient compte du type d’esprit auquel il fait recours.

Il peut alors utiliser de la magie blanche (il se base sur des charmes appelés wanga). Il peut également utiliser de la magie noire (là, il se tourne vers la sorcellerie). Enfin, il peut utiliser de la magie rouge (surtout pour le côté affectif).

Le vaudou prône l’existence d’un seul Dieu suprême qu’est Bondye. Par analogie, Bondye représente pour les vodouistes ce que Dieu représente pour la religion catholique. Il y a beaucoup à apprendre sur le dieu vaudou Bondye. Si vous êtes curieux d’en savoir plus, alors vous êtes à la bonne adresse. Cet article vous dit tout à propos du dieu vaudou Bondye.

Le dieu vaudou Bondye : le créateur, régnant sur les Lwas

Dans l’univers vaudou, Bondye désigne le Dieu créateur. Ainsi, les vaudouistes le considèrent comme le principe le plus élevé de l’univers.

Il s’agit en réalité du détenteur de l’univers, celui à qui revient le dernier mot sur l’existence d’une personne. Il ne se mêle jamais des affaires humaines et laisse ce soin aux Lwas sur lesquels il règne.

De nombreuses personnes le désignent sous l’appellation de « bon dieu ». Il est vrai que cette appellation fait directement penser qu’il existe une mauvaise divinité. Mais il n’y en a pas, car Bondye demeure le seul Dieu dans la tradition vaudou.

En réalité, la bonté correspond aux différents éléments qui révèlent le pouvoir de Bondye sur terre. Il s’agit entre autres de la liberté, du bonheur qui consolide les relations entre les hommes. Si ces choses sont considérées comme bonnes, les éléments ayant pour but la destruction de la société sont considérés comme mauvaises.

distribution des forces vaudou : le dieu vaudou bondye en haut

Apparence du dieu vaudou Bondye

Le Dieu vaudou bondye se loge au sommet de toutes les divinités vaudou. En réalité, c’est le Dieu qui règne sur les autres petites divinités qui existent dans le domaine.

C’est un Dieu dont vous ne verrez jamais la représentation. La raison est qu’il n’a pas de forme. Il n’y a pas de peinture qui pourrait le représenter. Il n’existe également pas d’objet auquel il est rattaché. Ce qui n’est pas le cas des autres divinités (Lwas) qui sont souvent représentées sous la forme de vévés, ou simplement de dessins. En effet, il leur est souvent rattaché une image bien déterminée.

Si les Lwas vaudous et le monde sont le fruit de la création de Bondye, ce dernier n’est créé par personne. Il est le créateur, l’être suprême.

Comment communiquer avec Bondye ?

Bondye ne se manifeste pas directement dans l’existence d’une personne. C’est un Dieu Inaccessible, ce qui justifie certaines de ses appellations. Certains le désignent ainsi sous le terme de « mawu » dont la signification est « ce à quoi personne ne peut avoir accès ».

C’est également cette raison qui justifie l’absence des rites qui lui sont directement dédiés. Généralement, il n’y a que des remerciements qui lui sont adressés.

Les Loas : le pont entre Bondye et les vodouisants

Puisque Bondye est inaccessible aux hommes et aux vaudouisants, c’est à travers les loas qu’il est possible de s’adresser à lui. Les loas sont en effet des esprits. On les désigne également sous l’appellation de « mistè ». Il y en a une diversité. Certains des plus notables sont :

Traditionnellement, à chacun de ces loas correspond un Saint catholique bien déterminé. Mais pour beaucoup comme Loray Gwondé, ce syncrétisme est né d'une obligation historique (l'esclavage) et non de la tradition vaudou originelle, le rendant ainsi largement obsolète.

Les loas se rangent également dans des groupes familiaux qui se distinguent par des dénominations. Comme exemple de dénominations de groupes familiaux, il y a Ogoun, Erzulie et Guédé. Lorsqu’on prend par exemple la famille Erzulie, l’un des esprits la composant est Erzulie Dantor.

À chaque famille correspond un secteur bien déterminé. Ainsi, la famille ogoun désigne la classe des soldats. La famille Azaka est orientée dans le domaine de l’agriculture. La fertilité et la mort quant à eux sont assurées par la famille Guédé.

La classification n’est pas la même au niveau du vaudou haïtien. En effet, ce dernier fait référence à 21 nations dont les esprits forment un panthéon. Ce panthéon comporte plusieurs familles de loas appelées rites. Les familles qui reviennent le plus souvent sont le rite rada, le rite Gede ou encore Guédé ainsi que le rite Petro. Notons que chacun des rites est caractérisé par ses propres couleurs. Ils sont également fêtés à des dates spécifiques.

Parmi ces esprits, il y en a qui se caractérisent par leur agressivité. Les esprits du rite Pétro se rangent dans cette catégorie. Le rite rada quant à lui est composé des plus anciens esprits dahoméens.

Si Bondye n’a pas de représentation, tel n’est pas le cas des loas. Ces esprits sont matérialisés par des objets. Ainsi, les arbres, les pierres et bien d’autres éléments peuvent représenter les esprits.

Le caractère abstrait de Bondye fait de lui un être qui surpasse la compréhension humaine. La correspondance directe entre Bondye et les hommes est impossible. C’est donc à travers les loas qu’il manifeste sa volonté.

Ainsi, les rituels vaudou sont dirigés vers les loas et non vers Bondye. Couramment, les loas sont désignés comme étant des dieux. Ce qui n’est pas correct. Ce sont juste des esprits qui interagissent entre Bondye et le monde des humains.

Le vaudou Haïtien est certainement l'une des religions les plus déformées par la "sagesse populaire". Loin des rites sombres et mystiques que l'on peut voir dépeints dans les films, la religion Vaudou propose une pratique spirituelle profonde et dispose d'une magie puissante. Aujourd'hui, on parlera donc de la véritable magie du vaudou Haïtien. Nous tenterons de démystifier la magie vaudou afin de remettre un peu les pieds sur terre !

L'image de la magie vaudou

La magie du vaudou Haïtien est très mal vue en occident, avant tout par ignorance. En effet, elle est encore aujourd'hui mystifiée par des ignorants. En creusant un peu la surface, on trouve pourtant une pratique profonde, ancrée dans les traditions d'Afrique et dans le Christianisme.

Bien que puissante, la magie Vaudou n'est pas considérée comme une force absolue en Haïti. Au contraire, elle est plutôt vue comme une forme d'expertise comme une autre.

Le houngan (prêtre / sorcier vaudou) ou la mambo (prêtresse vaudou) sont les garants de cette expertise. Ils pratiquent la magie vaudou afin de servir les Lwas, de guider les vodouisants, et de les soigner.

Un houngan authentique pourra ainsi réaliser de nombreux actes magiques, souvent avec l'aide des Lwas, afin d'aider ses concitoyens à traverser toutes sortes d'épreuves. On notera qu'aujourd'hui, beaucoup de houngans ne pratiquent plus la magie noire par souci d'éthique. Ce crédo est réservé au Bòkò qui arpentent les sentiers de la main gauche sans aucun scrupule.

rituel de magie vaudou haïtien
Houngan en travay lors d'une cérémonie vaudou.
Crédits : Anthony Karen - Direct from author, CC BY 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=96039163

Note : gardons à l'esprit qu'à cause du manque de connaissances populaires et de sources d'informations fiables et accessibles au grand public, de nombreux fraudeurs se font passer pour des houngans sans avoir aucune réelle formation ou initiation. Ce sont de bons acteurs, mais leurs compétences s'arrêtent là. Avant de vous engager avec un houngan ou une mambo, veillez à discuter avec elle et à lui poser des questions précises. Dans le doute, vous pouvez faire appelle aux interventions occultes de Loray Gwondé, qui se sert souvent de ses compétences de praticien du vodou dans le cadre de ses travaux.

Le travay : la philosophie de la magie vaudou

Avant de rentrer dans les explications sur les différentes formes de magie du vaudou Haïtien, il est essentiel de parler du terme "magie" et de bien comprendre qu'en Haïti, la magie n'est pas un phénomène mystérieux et surnaturel, bien au contraire.

Les vodouisants n'utilisent ainsi quasiment jamais le terme "magie", mais parlent plutôt de "travay" qui peut être traduit littéralement par "travail". La magie du vaudou Haïtien est donc avant tout un travail spirituel réalisé par une personne compétente.

Le houngan et la mambo sont donc des experts en travaux spirituels vaudou. Ils n'ont pas de pouvoirs surnaturels, mais des connaissances profondes. Un houngan puissant saura donc, par ses connaissances et son expérience, comment faire un travay efficace en fonction de ce qui lui est demandé.

Ce terme de travay est aussi révélateur de la philisophie vaudou : rien ne vient "par magie".  Au contraire, il faut travailler pour obtenir des résultats. On arrive ainsi à parler des limites de la magie vaudou.

Les limites de la magie vaudou

Comme la magie vaudou n'a rien de surnaturelle, elle est forcément limitée. Elle répond à des règles et à des contraintes avec lesquelles doit composer le houngan.

En particulier, elle fait grandement appel aux Lwas et aux esprits. Ceux-ci ont une volonté propre et des pouvoirs limités (bien que très grands) ce qui aura pour effet de limiter les effets de la magie vaudou.

Toute magie souffre de ce genre de limites. Le vaudou Haïtien ne fait pas exception, et l'assume pleinement. En effet, du point de vue d'un houngan, le travay est une forme de labeur parfaitement naturelle, qui a bien évidemment ses limites.

Ceci étant, la magie du vaudou Haïtien reste très puissante et un houngan dispose de nombreuses méthodes de travay afin de la manipuler.

Le travay du houngan

Le houngan ou la mambo pourra utiliser la magie vaudou de nombreuses façons. Très souvent, ce sera pour réaliser des objets magiques, amplis de puissance, comme les wangas ou les pwens.

D'autres fois, le houngan pourra décider de communiquer directement avec un Lwa afin d'obtenir son accord pour une aide spécifique.

Il arrive aussi qu'un sorcier vaudou soit amener à guérir des actions de magie noir avec l'aide des Lwas, ou à les prévenir par le biais de gads.

Les Lwas étants très nombreux et puissants, un hongan expérimenté saura faire appelle à leurs pouvoirs dans différentes situations afin d'obtenir une foule de résultats différents, bien trop pour les lister ici. 

Ainsi, plus un sorcier vaudou sera expérimenté et plus il saura s'adapter aux différentes situations afin de les traiter au mieux par son travay.

Note : Les pratiques de magie vaudou varient régulièrement d'un houngan à un autre. C'est très difficile à comprendre pour un occidental, et certains pourront s'offusquer de déceler des divergences de pratiques entre deux houngans. En réalité, c'est parfaitement normal puisque la religion vaudou ne comporte aucune autorité centrale, contrairement au Christianisme par exemple. Ainsi, les pratiques varient plus ou moins d'une maison à une autre, mais respectent une base commune.

Les wangas : au coeur de la tradition vaudou

La réalisation de wangas est un travay très classique en magie vaudou haïtienne. Contrairement à ce que l'on pense souvent, ce n'est pas un travay réalisé uniquement par un houngan ou une mambo. Quasiment tous les vodouisants en réalisent.

Un Wanga est un gri-gri qui sert à accueillir un esprit. Parfois celui d'un Lwa, parfois celui d'un ancêtre. Ce peut être un talisman, un bijou, une poche emplie d'herbes et de pierreries, etc.

Le paket Kongo est un type de Wanga très fréquent. Celui-ci est exposé au Nationaal Museum van Wereldculturen, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=67742366

Quelle que soit sa forme, un wanga a le plus souvent pour objet de devenir un repozwa.

Les repozwas

Les repozwas sont des objets qui peuvent accueillir un Lwa. Le plus souvent, on utilise un wanga comme repozwa, que l'on place simplement sur l'autel dédié à un Lwa.

Ils sont très importants en magie vaudou puisqu'ils font le lien entre les Lwas et notre monde physique.

Dans des cas plus particuliers, un repozwa peut être un objet plus complexe qu'un wanga.

Enfin, dans d'autres situations, on peut utiliser n'importe quel objet comme repozwa, on parle alors de pwen.

Les gads, protections de magie vaudou

Un houngan ou une mambo saura aussi réaliser des gads. Ces objets peuvent prendre différentes formes et ont pour vocation de protéger leur porteur contre la magie noire, les énergies négatives et la malchance.

Un gad est un pwen consacré par un houngan ou une mambo afin d'accueillir les pouvoirs protecteurs d'un ou plusieurs Lwas.

Note : Malheureusement, contrefaire un gad est très facile pour un arnaqueur, puisqu'il peut s'agir de n'importe quel objet. Le choix du houngan ou de la mambo à qui vous le commandez est donc encore une fois déterminant. La confiance doit être de mise !

Les pwomès, accords avec les Loas

Une autre forme (bien plus flexible) de magie vaudou haïtienne consiste à passer un accord avec un ou plusieurs Lwas. Si certains vodouisants peuvent arriver à communiquer avec les Lwas par eux-même, la plupart passent par l'intermédiaire d'un houngan afin de réaliser une pwomès (traduit littéralement par "promesse").

La magie noire du vaudou haïtien

De moins en moins de houngans pratiquent la magie noir pour des raisons éthiques. Cependant, tout sorcier vaudou qui se respecte doit en connaître les ficelles afin de pouvoir en détecter les symptômes et les traiter correctement.

Les applications de la magie noire vaudou sont très nombreuses, mais on peut en mettre deux en avant.

L'envoie âmes

Cette première forme de magie noire consiste à envoyer des âmes parasiter celle d'une personne vivante. Elle se retrouve alors avec un manque d'énergie, de la malchance et parfois des maladies assez sérieuses ou redondantes.

Un houngan compétent pourra détecter ce problème et le résoudre par le biais d'un trêteman avec l'aide des Lwas.

L'attaque d'un Lwa

Cette seconde forme de magie noire consiste à passer un accord avec un Lwa afin qu'il attaque une tierce personne. C'est un cas de figure qui peut déclencher une foule de conséquences négatives dans la vie de la personne ciblée. Le houngan devra ici trouver un moyen pour contrer le Lwa soit en passant un accord afin qu'il défasse son œuvre, soit en soignant les maux infligés à l'aide d'un autre Lwa.

La possession Vaudou

Autre partie de la religion vaudou stéréotypée par les œuvres de fiction occidentales, la possession vaudou est un sujet complexe.

Dans le vaudou Haïtien, contrairement à dans beaucoup d'autres religions, les déités ont un moyen pour interagir directement avec les croyants : la possession.

La possession vaudou est une forme de transe durant laquelle le croyant est possédé par un Lwa qui pourra ainsi danser, boire et manger avec les autres vaudouisants, le plus souvent pendant une cérémonie vaudou. Le Lwa pourra en profiter pour donner ses conseils à ses fidèles.

Comme toute transe, la possession vaudou peut être très impressionnante. C'est cependant une possession temporaire qui se terminera soit lorsque le Lwa aura fait ce qu'il souhaitait (donner un conseil, boire, danser, etc.) soit sur intervention d'un houngan ou d'une mambo.

Encore une fois, la possession vaudou est un sujet complexe qui peut être vu comme faisant partie des rites magiques du vaudou haïtien. C'est un sujet qui mérite son propre article pour être exploré plus en profondeur.

La divination, une tradition vaudou hors du commun

La clairvoyance est un sujet central de travay dans le vaudou. La divination dans le vaudou est un sujet extrêmement vaste qui peut prendre la forme de cartes, de lecture de fumée, de lecture dans les os, etc.

Certains houngans se passent même totalement d'outils et préfèrent pratiquer la divination par le biais des Lwas, en les consultant directement.

Un été, dans un quartier pauvre de Port-au-Prince, je me suis engagée dans une ruelle poussiéreuse bordée de maisons peintes de couleurs vives pour aller rendre visite à la mère d'un ami Haïtien de New York. Et c'est ainsi que je me suis retrouvé allant de bras en bras, de foyer en foyer, embrassant sur les deux joues les cousins et cousines des différentes branches de la famille de mon ami, épuisée par la chaleur et le battement sonore de la musique compas que déversaient des haut-parleurs extérieurs. À un moment donné, je me suis retrouvée à serrer la main d'un homme qui me souriait de toutes ses dents, des dents extraordinairement petites pour quelqu'un de sa stature. "Si vous êtes vraiment ethnologue, vous devriez aller le voir, c'est un bòkò", me souffla une bonne âme.

Un bòkò en Haïti, est un spécialiste des questions surnaturelles. Contrairement au houngan ou à la mambo, qui sont au centre d'un réseau communautaire religieux, il agit seul, en franc-tireur. Il a en outre la réputation de "travailler à deux mains", autrement dit de posséder tout à la fois le pouvoir de guérison et celui de la vengeance. L'anthropologie traditionnelle le qualifierait de sorcier.

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Bòkò Saint-Jean 1968

Le lendemain, je repris le chemin de Monatuf, ce bidonville au centre de Port-au-Prince, et m'employai à chercher sa maison parmi les nombreux cubes en ciment colorés coiffés de tôles ondulées qui se pressaient, accrochés au bord d'un ravin servant à la fois d'égoût et de décharge. Le Bòkò répondant au nom de Saint-Jean m'invita à entrer. Il affichait toujours ce sourire découvrant des dents de bébé jaunies par le tabac et s'exprimait dans un créole haché. La conversation se cantonna à des échanges polis, style "quelle belle journée, quelle jolie maison" tandis qu'il m'offrait des rasades d'alcool de canne, ou kleren, arrosé, à l'en croire, d'un remède anti-poison. Je ne pus m'empêcher d'attacher mon regard à son autel, qui occupait la plus grande partie de la pièce, et en particulier à un objet qui me paraissait aussi étrange que beau: une bouteille enveloppée dans un tissu rouge, blanc et noir, et ceinturée de miroirs brillants comme des phares. Des ciseaux ouverts, accrochés au goulot, formaient deux grands X.  " Quelle belle bouteille", commentai-je. "Merci me dit-il. Vous voulez que je vous en fabrique une?"

C'est ainsi que fut commandée la bouteille; je la considérai comme la première pièce de ma collection d'objets d'art. Avais-je tort ou raison? Avant de me la donner, le bòkò la transforma en objet magique, en wanga, au cours d'un rituel dont le sens m'échappa. Je rapportai la bouteille chez moi comme on rapporte une énigme. Comment une personne appartenant à une culture donnée pourrait-elle comprendre un objet ayant sa place dans une autre culture? Je décidai de mener une enquête pour découvrir de quoi retournait justement cet objet, comment fonctionnait un wanga et pourquoi il était aussi interessant d'un point de vue purement visuel. Tandis que je le contemplai, j'eus la bizarre impression qu'à son tour l'objet m'observait. Non seulement me regardait, mais me dévoilait, par des signes imagés, les interrelations entre le secret et le savoir dans les arts magiques haïtiens, la poétique de la volonté et du désir, la réalité de l'esclavage et de la mort. Ensemble, l'objet et moi, nous avons sondé la profondeur des racines centres-africaines des religions d'Haïti et examiné comment se transcrit l'histoire dans un pays où personne ne lit ni n'écrit. Mes entretiens avec la bouteille se mua en une véritable voyage initiatique.

La bouteille qui ne "S'arrêtait jamais"

IMG_2192.jpegLa bouteille est non seulement une création artistique, mais aussi un wanga, ou travay maji (travail magie). Cela dit, comment opère-t-elle dans cette dernière fonction? Les récentes études sur la culture matérielle m'ont ouvert la voie: tout objet manufacturé, même celui dont le sens parait le plus évident, comporte une multitude de strates de signification d'usages, de symboles et de connotations. Et de ce fait, il est souvent susceptible de servir de clé pour comprendre la culture dont il est issu.

Quelle qu'ait été sa signification aux yeux de celui qui l'avait fabriquée, dès lors qu'elle entra en ma possession, la bouteille se mit à fonctionner au sein d'un "système des objets": une chose achetée et exposée sur ma table basse pour être offerte au regard admiratif de tous. Par la suite, prenant conscience de son importance, je la rangeai hors de vue. Il n'en restait pas moins que s'agissant d'un objet construit, visuellement codé, d'une sophistication esthétique remarquable. Il était bien question d'art. Et pourtant, c'était un fétiche fabriqué par un sorcier, et à titre il tombait dans la catégorie des objets ethnographiques. À moins qu'il ne relevât de ce que James Clifford qualifie "d'opposition institutionnalisée entre art et culture", une place qui échoit aux objets acquis dans les pays non occidentaux. D'après Clifford, tout objet exotique collectionné se trouve confronté à choisir entre un milieu d'accueil ethnographique ou un milieu esthétique. Aussi, à mesure que je me frottais à cette pièce haïtienne, je me pris à penser que ce qui lui conviendrait le mieux, c'était une exposition dans un espace public, ou ses qualités esthétiques seraient appréciées au même titre que son inscription culturelle.

En attendant, la bouteille, sur ma table basse, suscitait des commentaires de mes amis. "Tu sais, me lança l'un d'eux distraitement au cours de la conversation, cette chose n'arrête jamais." En effet, elle bougeait, ondoyait à sa manière. Et si l'on partait du principe que tout objet artisanal incarnait les croyances de sa culture auquel il se rattachait, je pouvais commencer mon analyse par une étude sensorielle. L'objet devait livrer de lui-même les données de la recherche et de l'interprétation. De sorte que je me retrouvai, dans mon salon, en train d'inspecter ma bouteille à la recherche d'indices.

"Cette chose n'arrête jamais". Si c'était une bouteille, c'était une bouteille extraordinaire. Une bouteille de rhum barbancourt (un rhum de fabrication haïtienne), comme on le constatait à la lecture de l'étiquette transparaissant à travers l'étoffe. Elle ne contenait plus de rhum, mais un liquide à l'arôme puissant. Une odeur forte de parfum, oui, ainsi que ses sédiments que l'ont voyait collés au verre du goulot. La présence de liquide rendait l'objet pesant du bas quand je le tenais. Je le décapsulai pour constater que trois épingles traversaient horizontalement l'intérieur du goulot, tenues de l'extérieur par des aimants. Elles ne semblaient être là que pour représenter l'élément métal.

IMG_2193La bouteille était lourde du haut, aussi, à cause des trois aimants qui encerclaient le goulot. Ceux-ci étaient de fabrication industrielle, des pastilles de deux centimètres d'épaisseur, couleur d'acier inoxydable. Ils dépassaient du mince goulot à la façon d'un col, ou d'un collier. Une boucle d'oreille féminine était fixée à l'un des aimants, ce qui donnait à l'ensemble un air guilleret. Les aimants sont des forces élémentaires, la terre étant entourée d'un champ magnétique qui, par l'intermédiaire de la boussole, permet aux voyageurs de s'orienter: l'aiguille indique toujours le nord. On plongeait là au coeur des forces les plus primitives. dans cette bouteille, les aimants créaient une dynamique telle que les épingles à l'intérieur collaient à la paroi de verre. Ils formaient une polarité en vase clos, un discret écosystème.

À l'exception de la capsule Barbancourt, la bouteille était tout entière couverte d'une étoffe noire, blanche et rouge réparties en trois bandes verticales. Ces couleurs, dans toutes les cultures, ont de puissants symbolismes. À l'exception des aimants, l'ensemble se conjuguait sur le thème de l'emballage. On enveloppait et pour mieux cacher un secret. Ici, ce qui était à l'intérieur de la bouteille était en effet dissimulé.

Deux paires de ciseaux ouverts étaient ficelés de part et d'autre du goulot avec du fil rouge. outil basique dans de nombreuses cultures, le ciseau coupe aussi bien le papier que le tissu, le carton et la ficelle. Au même titre que les épingles, ils peuvent se révéler dangereux. Par ailleurs, le ciseau est anthropomorphe: il a quatre "membres." Attachés en position ouverte, en vis-à-vis de part et d'autre de la bouteille, ils introduisaient une illusion de symétrie. Impression contredite par la présence de trois plutôt que quatre bandes d'étoffe colorée, ainsi que par la disposition des quatre miroirs attachés à la bouteille juste sous les ciseaux mais légèrement décalés. C'est cette concomitance entre asymétrie ternaire et symétrie binaire qui obligeait l'oeil du spectateur à tourner autour de l'axe de l'objet et lui faisait dire qu'il ne "s'arrêtait jamais".

Les quatre miroirs, de forme ronde, avaient à peine quatre centimètres de diamètre. Cerclés de plastique vert, ils avaient été ficelés à la bouteille avec du fil rouge, de sorte qua chaque miroir était traversé en son centre par une série de traits verticaux et horizontaux. La surface polie était poussiéreuse. Entre les fils et la poussière on ne distinguait qu'un vague reflet. Les miroirs semblaient plutôt réfracter que réfléchir. Brillants capteurs de jour, ils attiraient l'oeil et reflétaient la lumière.

Parfum, épingles, aimants, ciseaux, miroirs: voilà des composantes simples, élémentaires. Et chacune possédait des caractéristiques opposées qui menaient à une impasse pratique: l'eau parfumée contenait des impuretés, les gros aimants attiraient de minuscules épingles, les ciseaux aiguisés étaient rendus inutilisables parce que liés en position ouverte, les miroirs, barrés de liens en croix ne reflétaient pas votre image. Que signifiait le parfum, l'épingle, l'aimant, les ciseaux et le miroir dans le code symbolique haïtien? Que signifiaient-ils dans leurs rapports entre eux?

Au-dessous des miroirs, rien ne dépassait plus de la forme, laquelle, dans sa jupe d'étoffe, se prolongeait, fluide, jusqu'en bas. La moitié de la bouteille semblait correspondre à la ligne horizontale des liens qui fixaient les miroirs. Cette ligne coupait l'objet en deux à l'horizontale tandis que les ciseaux, qui étaient symétriquement opposés, la coupaient à la verticale. Cela dit, cette symétrie binaire se heurtait à l'asymétrie en différents points du fourreau coloré, si bien que l'oeil du spectateur, happé par le déséquilibre, était pris de vertige. Les lignes des ciseaux et des miroirs le faisait tourner autour de la bouteille dans une spirale sans fin, rouge, blanche et noire.... couleurs du Rite Petwo

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En fin de compte ma bouteille vaudoue allait beaucoup plus loin que je ne me l'était figuré au départ. Habitée par un esprit qui lui était attaché , elle était chargée d'une mission et elle affirmait sa personnalité, se présentant dans un habit imaginé codé et drapé de rutilance artistique. Dès lors que vous étiez capable de déchiffrer son message, elle se révélait porteuse d'un condensé matériel historique et d'un système cosmologique miniature. Cela dit, elle n'était pas faite pour être contemplée comme un objet d'art. Elle semblait animée d'une vie propre, se parler à elle-même, à l'esprit qui se trouvait enfermé à l'intérieur. Vivante donc, elle tournait sur elle-même, colorée, provocante, métaphore complexe de ce que le wanga était censé accomplir et non pas de ce qu'il était.

Mais si cette bouteille est bien un écosystème habité par un esprit, comment peut-on l'exposer dans la vitrine d'un musée? me demandai-je. James Clifford suggère que "nous pouvons leur rendre leur statut perdu de fétiches, en faire non pas une production perverse ou exotique, mais nos fétiches propres. Grâce à cette stratégie, forcément personnelle, on accorderait aux choses exposées le pouvoir de fixer plutôt que la seule faculté d'édifier ou d'informer. Les artefacts africains et océaniens pourraient redevenir des objets sauvages, sources de fascination et dorés du pouvoir de déconcerter.

Le wanga en question m'avait en effet "fixée" pendant des années, et édifiée, et informée. La bouteille ait tout à la fois été un objet d'art, un souci et un objet d'étude. Les zombi, s'ils sont encore là, se sont tenus tranquilles dans leur bouteille qui porte toujours sa coquette boucle d'oreille sur le côté. Peut-être sont-ils déjà mort " par la main de Dieu". Il est possible q'ils soient encore enfermés dans la bouteille, veillant avec leurs grands yeux miroirs sur mon bonheur.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que le wanga a une personnalité. Mac Gaffey a comparé le nkisi à "un ancêtre dans sa tombe" et lui concède une sorte de caractère. À voir un nkisi, écrit-il, "on identifie une personnalité autonome qui semble latente à l'objet et s'éveille grâce  à la relation sans être pour autant limitée par elle.

Désormais je traite ma bouteille comme une chose vivante, détentrice d'une identité, une chose qui respire. Non seulement elle est susceptible de dévoiler des connaissances vieilles de plusieurs siècle sur l'existence de tout un peuple, mais elle porte aussi en elle un eu de la vie des deux âmes qui ont passé un peu de temps sur terre à un jet de pierre du cimetière de Port-au-Prince.

où ma bouteille doit-elle vivre? Elle a passé cinq ans dans mon bureau, à me regarder travailler à ma table. L'exposition Sacred Art of Vaudou lui a permis de trouver une autre place, une place qui privilégie simultanément l'approche esthétique et l'insistance sur le contexte et l'histoire, une place où elle peut être considérée à la fois comme un art et un artefact, comme un fétiche et comme le support d'une histoire culturelle.

"Mes zombis vont enfin prendre le chemin du musée, lançai-je en plaisantant à mes amis. Ils vont pouvoir travailler; nouer de nouvelles connaissances, rencontrer des gens passionnants." En fait, je me dis que cette exposition va peut-être décupler leur puissance: plus il y a de monde pour les regarder, plus les esprits ont peut-être l'occasion d'être activés. Je vais leur faire de la cuisine sans sel avant leur départ. Ces zombis sont sans doute à ranger dans la catégorie des zombis travailleurs. je souhaite que chaque personne qui rendra visite à la bouteille vaudoue reçoive une part de la chance qui m'a été échue.

Elizabeth McAlister

Traduit de l'américain par Isabelle Chapman

Afin de rendre Honneur & respect à notre amie, soeur, mentor Rachel Beauvoir Dominique, partit pour l'orient éternel dans la nuit du 04 au 05 Janvier de cette année, je vous offre en partage la suite et fin de ce fabuleux texte.41168_1610681427396_595455_n

Bonne lecture.

L'IMAGERIE VAUDOUN: HAUTE ET BASSE MAGIE

Si l'art de la magie vaudoun repose sur l'esthétique du signe et symbole, producteur d'un sens qui parle au for intérieur de chacun, il n'est activé que par l'existence d'interactions au niveau de l'inconscient collectif. Dans la vie quotidienne, la présence de calebasses d'offrandes que l'on place aux carrefours frappe la corde sensible de passants, tout comme le tambours, la nuit, font vivre des scènes précises. Le proverbe Haïtien kreyol palé, kreyol konprann (créole parlé, créole compris) ne fait pas référence à la langue elle-même, mais plutôt à la qualité de son expression qui a pour fonction d'évoquer et non de décrire.

Dans le domaine magico-religieux, le domaine symbolique est de plus en plus réglementé: le tracé de vèvè, le langaj (éléments linguistiques africains associés au langage corporel), le déroulement des cérémonies, la chorégraphie des danses, la musique, les vêtements, les gestes... L'ensemble se rattache à un système complexe et signifiants. Les pratiques relevant de la trilogie Kalfou / Gran Bwa / Simityè stimulent les facultés symboliques dans le graphisme et favorisent la révélation des correspondances cachées. Ces éléments doivent être extraits d'un passé plus lointain que le passé immédiat de la société Haïtienne. Ils s'adressent à l'humanité dans son essence, ils communiquent avec les racines universelles du mysticisme ésotérique. La franc maçonnerie, la rose croix, la kabbale... Toutes traditions qui trouvent d'ardents adeptes en Haïti, aujourd'hui comme hier. Voilà pourquoi il est important de comprendre pour qu'elle raison elles jouissent d'une telle popularité auprès de la population Haïtienne.

La réalité du syncrétisme vaudoun se traduit dans la forme d'un récipient en bois oblong, réceptacle des feuilles frottées au cours de la cérémonie du rite petwo, récipient qui symbolise le bateau mystique, son axe vertical représentant une hampe de drapeau. Il recueille en même temps des traditions pré-et para-chrétiennes classées comme hérétiques depuis toujours. Ranmasé, nous pral ranmasé zafè sa ki sot ki pa ranmase pa yo. (Ramasser, nous allons ramasser les affaires, dommage pour les sots qui n'ont pas ramassé les leurs.)

Les feuilles que l'ont amoncelle dans le réceptacle représentent un amalgame de plusieurs choc de civilisations. On y trouve les religions révélées, le christianisme comme l'islam, l'un et l'autre produits et producteurs de différenciation. Dans un mouvement à la fois de rapprochement et d'éloignement, tout finis par se confondre à la fin dans le rituel des feuilles. Mapou tombe kabrit manje fey Dan Petwo. (le baobab tombe, les biques mangent les feuilles, à petwo.)

Les représentants vaudoun stimulent des régions cachées du cerveau. Comme dans un film surréaliste, des images d'un temps passé très lointain et pour tout étrangement familier passent devant nos yeux , de manière désordonnée, éveillant des odeurs et des sensations tactiles, flirtant avec la conscience avec une cohérence qui  demeure encore voilée.

Le bois, la pierre: la planète terre. L'univers, le cosmos. La matière, la masse originelle, reconnue, palpée, tenue à la lumière. Dotée d'une forme. De très longues sculptures... des séries d'êtres munis de racines. Simbi peigne ses longs cheveux. La vieille barbe de Loko fait jaillir le tourbillon du temps et les langues de feu de djab (diable) pénètrent la terre.

L'homme africain dans son environnement premier. Homo Erectus. L'art paléolithique de Tassili, la magie des cavernes ressurgie du plus profond des âges. Force du point, précission de la ligne, une ligne continue puis brisée. On pense à l'art vaudoun d'Hectr Hyppolite, dans le tracé de vèvè comme sur toile: la légèreté et la masse de cette énergie canalisée. Un énergie jaillie du berceau de l'humanité, le cri de la vie.

Cercle, carré, alphabet et chiffre, éléments de classification...., l'écrire en soi plus signifiant que ce qui est écrit. E.T.C.**.I.BA.L.F.S.NJ. EZ. N'importe quoi, automatisme, à déchiffrer, l'alphabet de Napata et Méroé, les capitales successives de l'antique royauté koushite, dans ce qui est à l'heure actuelle le Soudan. Code hermétiques qui restent à déchiffrer, rupture ésotérique des processus de pensées. Délire du scribe et magie du nombre enrobés d'un vernis de signifiant. Baka - génies malfaisants, terrifiantes figures de l'inversion, évocations spéctrales et anthropomorphiques du malheur.

Crachats, serpents lovés, dragons majestueux. Femmes à la poitrine fièrement bombée et aux solides jambes de bovin. Le culte voluptueux de Mithra, la déesse égorgeant un taureau dont les pattes émergent de sous les drapés de sa robe tandis que ses bras de femme enlacent le cou de l'animal en une étreinte teintée d'érotisme...

Bosou Twa Kon Kandonble, le djab taureau tricorne qui forme une trinité avec Bosou Marasa, les jumeaux divins. On retrouve des représentations originaires de Sumer et d'ancienne Egypte, de la Rome Antique aussi, ainsi que de Grèce, de l'Europe médiévale, d'Afrique à travers les âges. Ces figures mythologiques ayant surgi dans des civilisations très anciennes, et dont se servent les initiés des cultes mystiques, constituent les principaux adversaires du pouvoir naissant de l'Église.

Le phœnix des cathédrales nubiennes du XVIIe siècle, au confluent de l'Egypte pharaonique, de l'Egypte copte du Soudan.

La culture de la création mystique. Des rangées successives de statues bizangos, droites comme des soldats, noires et rouges, évocatrices par leur puissance des colonnes de Louxir. Effets d'orientation / désorientation, symbole du dilemme identité/ collectivité. Le bizango se dépêchant d'aller s'habiller pour le rite magique après l'introduction rituelle rata, empilant les adeptes dans la minuscule salle de préparation... Sensualité de la chair, de la chair se fondant dans la chair comme l'être se fond dans l'être.

La baguette mystique, emblème du pouvoir pharaonique, qui a continué à occuper dans la tradition judéo-chretienne (Moïse) aussi bien que dans les ordres médiévaux comme les Templiers, une place centrale qu'il retrouve dans le vaudoun. Dans la cérémonie rituelle, les femmes se connectent avec la société matrilinéaire de l'ancienne Egypte, de Méroé et de l'ensemble du continent africain.

Défilé fantastique: Belzébuth, divinité cananéenne devenue via le catholicisme le prince des démons, entièrement équipé au combat avec ailes dorsales, main dans la main avec Adonaï Astaroth, Lucifer, et une bonne escorte de "diaboliques" Sarazen (Sarrasins) à la barbe espagnole... Un légion des ténèbres aux tenues martiales surgies du Moyen Âge, épée au poing, saint Jacques à la conquête de ces mêmes Arabes, couvert de pentacles et d'osselets.

On trouve dans les grimoires aussi bien que dans la chromolithographie de quoi alimenter cette extraordinaire magie néo-pythagoricienne. L légende d'Hermès Trismégiste et la tradition ésotérique arabe mélangée à l'iconographie catholique. Les ennemis de toujours s'unissent pour ne former qu'un.

Sisya, victime de cette coalition contre nature: une figure d'une mélancolie poignante, tragique. Des yeux noirs dénués d'expression, un fichu noir sur la tête, elle repousse avec un calme glaçant un crâne posé sur un plateau. Le crâne est plein d'humanité privée de vie – la tragédie des pouvoirs détournés. Ainsi se déploient les visions magiques du vaudoun. La population dans sa très grande majorité ne recueille que des miettes de cet ensemble de connaissances. Isolées de leur contexte, les bribes dégénèrent en superstitions, en code cryptiques et étranges; Ce qui reste de la sagesse ancienne, désormais élitiste, est conservée dans les grimoires. Ces derniers, au départ recueil de préceptes à l'avant-garde du progrès, deviennent peu à peu des livres bourrés de vulgaires formules, de recettes simplistes depuis longtemps surannées. Privée du soutien de la machine à penser, la haute magie se dégrade pour ne plus être qu'une basse magie ne reculant pas devant la mystification avec l'usage de futiles pratiques de sorcellerie. Ceux qui contrôlent le pays sont heureux de diffuser ces reliques – surtout si elles donnent lieu à une opération marchande – de façon à canaliser la volonté de transformation naïves  du peuple dans des activités stériles. On fait prendre à la nouvelle population vaudoun des objets sans significations pour l'acte de représentation lui même, la force de désignation de l'objet, la capture du double grâce à sa matérialisation. Verbe, nommo. De sorte que de nos jours nous nous trouvons très souvent confrontés à l'amalgame entre signe éclectique et signe creux ou vide.

La puissance de la haute magie vaudoun repose sur une toute autre base. Visant au coeur de l'expérience humaine, elle a tissé un fondement qui se traduit par un système de perception et de pratiques d'une grande rigueur. Cette évolution exige une liberté d'expression exceptionnelle, que l'on peut qualifier d'artistique, tout en précisant que cette expression est anti-individualiste, soumise à la volonté de changement collective. Dans la danse comme dans les autres domaines, le vaudoun lie le corps à la psyché afin d'atteindre une expérience bouleversante et transformatrice. Ceci est possible grâce au regroupement d'effets à la fois universels et singuliers. D'où l'importance capitale de l'imagerie active, du symbole de projection et du rituel cérémoniel. mais n'accèdent à ce domaine que ceux-là qui sont passés maitres de l'art de provoquer et de signifier une réaction.

L'inspiration poétique soumise aux forces de la lutte violente, tel est le thème de cet art magique. Le calme absolu de la haine à son plus haut degré. L'art de dessiner des êtres multiples. La nature, l'artiste et le public, le collectif et/ou l'individuel. La rencontre de la dissonance, comme dans la musique de Thelonious Monk ou l peinture de Jean-Michel Basquiat. Le chaos, originel et social, se trouve alors contenu, ordonné, discipliné, grâce à la constante reproduction de ses effets déstabilisateurs.

La symétrie joue parfois avec l'équilibre d'ensemble: en dessinant l'être, un être  seul et néanmoins collectif se mouvant doucement dans la douceur de la nuit , avec des étoiles qui fondent, une lune qui fait pleuvoir des émotions. Harmonies singulières de formes dérangeantes à souhait. Et cette tranquillité enveloppante qui guide le "nouveau né" vers les mystères d'un univers commun à tous...

Mais, à d'autres moments, le déséquilibre se trouve provoqué de manière délibérée et uniformément. L'art de la magie vaudoun se donne pour tâche de vous déstabiliser, au moyen de techniques spécifiques de torsions et distorsions, atteignant, à son sommet, la pureté du mutant. Nous décrirons ici deux moyens de parvenir à ce résultat. Une superposition discontinue est établie à partir d'un viol de la logique du discours, ou d'une brusque substitution de grille de lecture. On peut, d'une part, aligner des termes numériques, et faire apparaitre des lettres ça et là en produisant un effet de surprise, puis glisser des images d'animaux. D'autre part, l'unité de forme donnée par celle du fauteuil rituel se trouve brutalement déchirée par l'asymétrie de son dossier, lui même perturbé par une nouvelle charte de couleurs. Chaque séquence de changement produit une rupture dans la lecture: le témoin est désarçonné.

Peu à peu, les perturbations dans les séquences s'accélèrent, les séquences raccourcissent. Les grilles se superposent aux grilles... La diversité des déséquilibres est infinie. On en a un exemple dans les sculptures du djab. Ce dernier est représenté avec un regard d'aliéné cherchant désespérément la terre ferme. En outre, sa posture semble indiquer qu'il est sur le point de trébucher et de tomber. Ces représentations son censées renforcer ou refléter l'état personnel de déséquilibre / équilibre du spectateur.

Le magicien-artiste, figure centralisatrice, qui concentre en lui la violence latente de la communauté, diffuse des signaux de dérèglement amplifiés par la centralisation dont ils font l'objet. D'où le danger associé à cette opération et l'importance primordiale de l'artiste-magicien. En qualité de médium, il/elle reflète la société: le geste magique est engendré par l'immersion dans une expérience sociale. Mais le magicien acquiert aussi des facultés spéciales lui permettant de canaliser et de concentrer la force dans le but de la projeter.

Le contenu de l'objet obtenu, qu'il soit représenté dans l'espace (sculpture) ou bidimensionnel ou encore multidimensionnel et collectif (iconographie cérémonielle), joue sur les significations sociales. En premier lieu, d'un point de vue littéral, des signifiants tels que machettes, cercueils, pierres tombales, feuilles, serpents, foudre, cornes de bélier ou de taureau, sont en soi évocateurs d'images porteuses de perspectives, de menaces, d'oppositions. Deuxièmement, les lignes de l'ensemble forment une œuvre distincte qui suggère l'existence préalable de certains états. Étant donné son évolution, sa fonction et son modus opérandi, le corpus de l'art magique vaudoun insiste, au moyen d'un subtil équilibre, sur les compositions mettant en valeur la tension et la rapidité, la centralisation et la concentration, la douleur et la violence.

La corrélation entre la figuration symbolique directe et l'intention connotative d'ensemble indique le niveau d'"occulte" inhérent à la pièce. L'œuvre plasticienne vaudoun, en particulier la sculpture, atteint sa force grâce à l'équilibre de ces deux facteurs. Elle concentre la complexité des énergies accumulées, la lutte interne d'une unité contradictoire. Cet art, comme la magie dont il est dérivé, se spécialise dans la confrontation, l'interaction et la sublimation de la contradiction.. Pour réconcilier les contraires, il commence par présenter l'impossibilité de leur résolution et ainsi dénonce le scandale et la cruauté d'une compréhension partielle. À d'autres moments, toutefois, il rend hommage à la connaissance, même fragmentaire, ou exalte des facultés précises.

L'expérience cérémonielle incarne à elle seule la maji vaudoun, les facultés de transformation de l'esprit en tant que matière. Les mécanismes du rituel agencés suivant la progression de la modalité associative, culminent dans la transe – un état combinant un libre flot d'émotions chargées d'énergie avec des codes de conduite déterminés et considérés comme sacrés. Dans le rituel, la projection de l'image est multidimensionnelle et multirelationnelle, globalisante: la forme et la couleur de l'hounfor, la décoration, la congrégation, l'odeur de feu, du rhum blanc, de la sueur, le contact de la terre sous la plante des pieds nus, le son obsédant des tambours battants sans fin. Le cosmos, uni, se "brise'" sans raison... et le corps suit, bascule, tête la première, dans l'univers global de l'occulte.

DISPARAITRE POUR DURER

Dans cet art savant de la médiation, les symboles, aujourd'hui, deviennent de plus en plus étrangers. La terre, l'eau, les feuilles, la forêt, les animaux de toutes sortes semblent se rétrécir, se retirer. La terre absorbe les réserves d'eau et n'a pas grand chose à offrir aux nouvelles générations. Les feuilles magiques du vaudoun se font rares, et les forêts d'autant plus mystiques qu'elles reculent. Les quelques serpents, oiseaux, bétail, pas encore en voie d'extinction font trembler une population qui redoute leur pouvoir vénéneux dans son inconscient collectif. En réalité, ils sont aussi peu nombreux que chétif. Au bout du compte, les seigneurs de la mythologie vaudoun, ainsi que leurs alliés d'outre-mer, sont tenus pour responsables du désastre: les divinités paternelles et les "maitres" qui ont le malheur de trop ressembler aux grandons de sinistre mémoire, ces seigneurs demi féodaux qui jouèrent le rôle de relais de transmission de la répression duvaliériste. La fin de leur règne évoqua dangereusement dans l'opinion populaire la fin du domaine magico-religieux

Par ailleurs, les modes d'expression collective d'ordre magico-religieux qui tournent autour de la figure centrale de magicien-artiste ne correspondent plus à la réalité sociale de la migration et des bidonvilles. En d'autres termes, le démantèlement du Lakou (les grandes habitations rurales) a provoqué une confrontation entre un art avant tout féodal et un système social en pleine mutation. Ce dernier souffrant d'une pénétration progressive de nouvelles relations économiques au sein d'une organisation sociopolitique qui se révèle, malgré tout, d'une stabilité surprenante.

Que peut-on dire de la survie des formes magico-religieuses vaudoun et de leur validité dans un contexte aussi changeant? Dans le cas de la diaspora haïtienne qui continue à pratiquer ce culte, la question se pose de façon encore plus aiguë. Quelles sont les limites du symbolisme compte tenu du détachement croissant de son imagerie de la réalité de tous les jours? Où faut-il chercher ses capacités d'adaptation? les richesses accumulées en des temps d'une dureté inimaginable semblent animées d'une force propre, qui, de ce point de vue, n'est égalée que par l'obstination du système social en décomposition.

Poser la question de la transformation revient à aborder celle des objectifs dans une société renouvelée. Depuis ses origines, cet art de stimuler l'imagination n'a rien de neutre, ce qui nous ramène au problème de sa finalité. Dans quelle mesure le Haïti de demain, celui de ceux qui en cultivent le sol, pourra-t-il récupérer ces techniques séculaires sinon millénaires que se sont appropriés les classes exploitantes? Jusqu'à quel point peuvent-ils les détourner à leur profit des objectifs de domination de ces classes? Comment peuvent-ils canaliser leurs capacités dans une perspective radicalement différente?

Il y a danger inhérent à la confusion de la forme et du contenu, un risque de restaurer à travers la forme un contenu qui a été rejeté avec violence. C'est le risque de régression. Avancer est le seul moyen de se soustraire à l'influence contradictoire du djab: avancer dans le temps, l'espace, le rythme, la pensée, les relations sociales. L'art magique vaudoun repose sur la force du renouveau qui jaillit de ces moments d'antinomie, ces temps productifs de l'histoire des hommes.

Dans le nuit du 04 au 05 Janvier 2018 nous avons perdu, une Manbo, un anthropologue de renom, une Soeur mais également une Amie.

Rachel Beauvoir-Dominique fût de tout les combats pour défendre la culture, le patrimoine et les valeurs d'Haïti. Une personne inspirée et inspirante qui fût également me concernant une sage conseillère, une confidente... Je ne pouvais passer outre un modeste hommage et quoi de mieux que de vous partager, en ce matin ou le chagrin se mêle à l'espoir de voir l'énergie qui l'habitait aller dans l'eau pour rejoindre les ancêtres bienveillants, la première partie d'un article écrit de sa main pour l'abbaye doualas.

Bonne lecture les Ami(e)s.

Dans la vallée de Marbial, non loin de la ville de Jacmel, dans le sud -est des Caraïbes, un vieil Houngan du nom de Charbonnière, renommée pour sa grande sagesse, vécut les derniers mois de sa vie durant le Déchoukaj (déracinement). Voyant arriver la mort et le moment de son départ pour Ginen (La terre des ancêtres et l'ultime destination), il prononça de nombreuses paroles, dont la suivante: "le Ginen est un vent. Qu'ils brûlent les tambours, qu'ils détruisent les temples: les arbres restent debout, le ciment demeure abondant. Tout peut être remplacé. C'est comme le vent: Il va et il vient, jamais le même."

Le vénérable étirait ensuite le son "vaudoun" pour lui prêter à la fois plus de légèreté et plus de profondeur. Le mot dans sa bouche se transformait en vent. Le mot dans sa bouche se transformait en vent. Vaudoun: un vent qui ne peut être déraciné. De nos jours, il est d'usage d'orthographier "vaudou" le terme qualifiant la religion traditionnelle du peuple haïtien. Ce qui ne résout pas la transcription de phonèmes relevant, jusqu'à il y a peu, d'une langue exclusivement orale. Écrire "Vaudoun" plutôt que "vaudou" permet en fait d'élargir le concept et, comme charbonnière, de ne pas se contenter d'invoquer un système religieux mais aussi l'expérience même du vaudoun, sa présence au quotidien: vent, son, souffle. L'indicible, l'instable. La non-parole, le non écrit, le non-discours. Le contre-discours.

Contrairement au langage soumis à la syntaxe et à des usages figés, on a affaire ici à un flux d'images et de métaphores qui se caractérisent par leur spontanéité. Un mode d'expression qui, à certains moments de l'histoire, en certains lieux, a engendré des manifestations d'une tout autre nature. Les rituels visant à ordonner la vie sociale correspondent au niveau occulte d'une réalité magique où l'idéologie trompeuse de la séparation des sphères s'efface. Seule s'affirme la globalité – politique, économique, culturelle – liée à un système soit de libération, soit d'oppression. C'est ce domaine qu'explore la magie du Vaudoun.

Nul n'est à même de sonder les réseaux de significations forgés depuis la nuit des temps par ces peuples en lutte. En revanche, il nous est possible d'explorer des facteurs concrets ayant contribué à la création du système de symboles dynamiques tel qu'il se manifeste dans les arts vaudoun. On se concentrera en particulier sur la dynamique de la transformation, des tensions intérieures et des structures fondatrices de l'action qui constituent l'essence du temps présent: la logique des puissances invisibles. Émanations subversives, explosions latentes.

KALFOU, GRAN BWA, SIMITYÈ: LES TROIS STATIONS DE LA MAGIE VAUDOUE

Né de la nécessité, le vaudoun embrasse dans une vision fondamentale la magie et la religion de manière à la fois autonome et fusionnelle. De ce point de vue, il se démarque de la tradition judéo-chrétienne, laquelle, depuis le Moyen Âge, s'est purgée de son côté magique. Dans le vaudoun, chaque temple, même celui d'aspect le plus religieux au sens conventionnel, est placé sous le patronage de plusieurs lwa travay, des divinités qui, comme l'indique la phonétique, travaillent. Elles rendent aussi des services et veillent à la prospérité de ceux auxquelles elles appartiennent.

Au cours de la cérémonie, les loa sont convoqués. Il n'est pas question de leur rendre un hommage religieux, ce qui est en soi révélateur d'une pratique magique. Le loa, en échange de dons réguliers en provisions de bouche, offre sa protection et ses prédictions aux fidèles pendant les séances de divination. On attend aussi de lui la guérison, sous la forme de traitements thérapeutiques (il chasse le mauvais oeil), et on tolère mal ses insuffisances dans ce domaine. Bien entendu, l'importance de la magie se retrouve dans les mythes, sources des pratiques rituelles. Dans le soukri lakou (regroupement de plusieurs ménages ou familles sur une grande habitation rurale) du royal Kongo, par exemple, les principaux mythes cosmogoniques retracent l'arrivée du peuple Kongo en Haîti et, de ce fait, la création du monde, à travers les exploits d'un esclave, Figao (ou Gao), lequel, armé d'une chanson et d'une boite à outils magiques, gagne sa liberté en multipliant les guérisons.

Les serviteurs de lwa prennent des "Bain de chance" sous la spectaculaire cascade de saut d'eau, ou villebonheur.

S'il veut exister, ce corps mystico-religieux se trouve en quelque sorte dans l'obligation de prouver l'efficacité de sa magie. Toutes les techniques utilisées doivent être considérées à la lumière d'une représentation du soi où des esprits manipulables entrent en permanence en contact avec d'autres forces, l'ensemble étant soumis à une puissance supérieure. Cette vision à la fois présuppose et façonne un monde en constante évolution caractérisé par une aptitude à l'adaptation, au changement et au progrès. L'obligation d'efficacité a une deuxième conséquence. Dans un monde qui bouge, l'ensemble des connaissances, si on ne veut pas que celles-ci deviennent caduques, doit lui aussi évoluer dans le sens de l'optimisation. Nous trouvons l'illustration de constat dans le témoignage suivant d'un chef Bizango: "Bizango sert à prouver qu'un homme peut apprendre à changer. C'est pourquoi "Bizango" signifie: apprendre à changer. On vit dans un monde et on peut changer ce monde. Dans ce monde, les gens qui nous regardent peuvent nous voir nous transformer, devenir cochons, poulets, ânes, n'importe quel animal ou juste des objets.

C'est ça qu'on appelle Bizango – le changement –, c'est à ça que ça revient, à la forme mouvante."

Accumulation et transformation œuvrent en commun pour élargir la vision du monde. l'esprit salvateur tchaka ou callallou reconstruit par couches successives, tel que dans la soupe rituelle tchaka à sept ingrédients. Nous avons donc là une culture de l'accumulation ayant la rare faculté de digérer des singularités propres à diverses  cultures d'origine, certaines ayant même des interêts tout opposés.

Mais en accumulant sans cesse, ne risque-t-on pas de diluer les énergies? C'est pourquoi il est indispensable de trouver un moyen de canaliser et de concentrer les forces vitales. D'où l'existence du régléman, règlement ou protocole. Ces formalités qui doivent être observées sont d'une extraordinaire complexité en regard d'un système de croyance et de culte en apparence simple. Elles sont apprises pendant l'initiation puis au cours de l'apprentissage. Ces principes régissent l'art du tambour, de la danse, de l'invocation d'esprits, de la divination et du file farine (farine dont le tireur se sert en la laissant filer entre ses doigts pour tracer les vèvè –les dessins symboliques du vaudoun). Car en organisant la matière, on se donne la possibilité de la manipuler. La distribution des rôles au panthéon, l'ordonnance des pratiques rituelles en fonction de l'origine, du rythme, du temps et de la référence spatiale, le langage symbolique utilisé, tout cela se trouve ordonné  par le régléman.

Arbre reposoir

Dérivé du système de croyance Ginen, en relation en particulier avec le Panthéon Petwo, le domaine spécialisé du Bizango se consacre à la manipulation des énergies – de la nature ou du groupe – et des objets. Ces exercices, quoique considérés comme partie intégrante du vaudoun, occupent une place discutable dans le système religieux. C'est un domaine que l'on dit associé aux forces de la nature. Les gens vous affirment que "Bizango est une rite du vaudoun... comme tous les rites, il fait partie du vaudoun. Seule la société est un circuit fermé, elle est secrète". Ou bien on entend: "Il y a un seul Ginen, parce qu'en fin de compte il n'y a qu'un seul père, une seule mère. Alors les sociétés font partie du tout. Nous sommes une part du Un. "Dans les foyers traditionnels, toutefois la présence des Gad (Gardiens spirituels) ou des pwen (esprits dela famille Petwo ou Bizango) est indiquée par des dessins marquant les frontières symboliques. l'art de la transformation s'est forgé à partir de la difficulté à synthétiser une réalité fragmentée. Trois divinités, Kalfou, Gran Bwa et simityè, chacune à ses attributs propres, incarnent et délimitent ce domaine de la transformation que l'on associe volontiers au vaudoun et surtout au bizango. Ce trio de loa préside au rite de passage commun à tous les initiés vaudoun, ou à tous ceux qui doivent se rendre maitres des techniques rituelles. ILs répondent aux contradictions humaines, jouant sur la question de l'identité, du seuil, de l'inconnu et éveillant la sphère de l'imagination.

 

C'est dans les interactions complexes de ces trois divinités, Kalfou, Gran Bwa et Simityè, qu'il faut chercher les racines du mystère de la création, d'où surgissent les facultés d'introspection et d'empathie. Il s'agit d'établir une poétique, tel qu'elle se manifestera dans la cérémonie d'invocation et les rituels de cure et de divination. On prendra pour exemple le dessin symbolique à la farine, la fabrication de pakèt kogo, des colliers et des hochers rituels, les ason.

Autel Bizango

Autel Petwo/ Kongo

L'art et le rituel se rejoignent ici pour déconstruire l'émotion, le rythme, l'espace et le temps. l'un et l'autre sont en quête de cette charge d'énergie qui permettra d'ouvrir les portes de la perception. L'un et l'autre se servent de la force du symbole pour libérer les images latentes, prémonitoires, qui projettent un contenu interne et permettent d'aller au-delà du tangible. On y retrouve comme en parallèle les mouvements intrinsèques au dynamisme de la trilogie Kalfou / Gran Bwa / Simityè. Chaque être-mouvement (loa) s'exprime à travers son propre rituel et le vévé, ces dessins invocatoires qui révèlent le tout au moyen de visions de facettes, avec au centre , toujours, l'homme, celui qui voit, emprisonné dans le prisme de la société et du cosmos, reflet de sa propre projection déformée.

Examinons pour commencer Kalfou, le dieu des carrefours. Au lieu qui anéantit.  Un lieu qui anéantit l'abondance avec ses trois, quater ou cinq chemins qui s'entrecroisent, où l'on se perd. On invoque donc Kalfou pour lui demander son appui et éviter les incidents de parcours, lui demander la bonne direction. Car à telle croisée de routes que l'on ignore, on risque la chute dans le plus profond des abîmes. Le vèvè de cette divinité est tracé à la cendre sous la bila (la table des offrandes petwo) du signe rituel de la pénétration de la terre: Une croix et deux marque de partage, le tout aspergé d'eau bénite et enterré. L'identité bascule dans le gouffre, la conscience se fissure... Le vaudoun cherche délibérément le décrochage, prélude au décollage. Ce choc émotionnel. Tout comme dans l'art, l'effet de surprise altère nos ondes cérébrales. Les ondes linéaires se trouvent tout à coup brouillées, tout se précipite , des masses compactes se heurtent. Et ce mouvement est d'autant plus puissant quand il s'agit de l'être non pas individuel mais collectif.

Kalfou tient la baguette mystique qui le qualifie de médiateur entre les mondes du visible et de l'invisible au travers du jeu de miroir reflétant le carrefour de ces mondes. Le geste rituel, consistant à envoyer des poignées d'offrandes aux quatre coins de l'univers, ou au quatre points cardinaux, est analogue aux traditionnelles cérémonies d'offrandes de calebasses qui se déroulent aux carrefours. Les sursauts spasmodiques de la transe, la lumière dansante des flammes révèle des jambes qui donnent des coups de pied jusqu'aux confins de la terre, et la voilà qui roule sur elle-même, et sa jupe qui se soulève, culotte en dentelle qui apparait, disparait. Des objets sacrés jaillissent des forces jusqu'ici muselées. Les mains viennent serrer les cous. Les malades sont secoués  de grands frissons, des frissons qui indiquent une transformation. Tourbillonnant aux limites de la réalité dans le seul but d'effectuer la traversée. Et dans ce but, on emploie des techniques précises pour instaurer la discontinuité, comme des pauses dans les rythmes du tambour ou des blu notes introduisant une distorsion dans la gamme provoquant de brusques torsions la structure de l'être. De la tension, de l'angoisse, lesquels sont des moteurs poussant à l'accouchement de nouvelles visions.

La clé des principes universels de la magie peut se résumer par l'association de deux termes: transgressions / transcendance. Au-delà de la sphère rationnelle de la science s'étend une région occulte que l'on peut toucher du doigt par l'analogie et la métaphore. Le temps et l'espace se trouvent enfin vaincus grâce à un usage singulier de la logique. Le pas est sauté, du connu à l'inconnu. On associe désormais des phénomènes qui a priori n'ont rien à voir les uns avec les autres. Cela s'appelle la voyance ou double vue.

Le prétendu immobilisme rationnel est brisé. Une fois que la carapace paralysante de l'identité s'est détachée, l'esprit acquiert une spontanéité, une fécondité, une faculté de glisser et de bondir, un pouvoir de déplacement instantané... Tout d'une coup deviennent possibles d'extraordinaires mises en relations qui nous projettent, stupéfiés, au-delà  de l'espace et du temps, au-delà de l'ordinaire de la vie et des habitudes. Cet enlèvement émotionnel pourrait s'appeler absolu ou poésie....La finalité de cette dernière étant de se multiplier dans les forces brutes de la foule.

cette dernière analogie procède de la logique de l'accumulation. De manière à entrer en relations, deux particules doivent être contrôlées. C'est pourquoi, à la base de la magie vaudoun, il y a la science empirique. En soi, ce mouvement est essentiel: concentration, brassage – c'est tout le symbolisme de la magie qui nous vient à l'esprit, dans le vaudoun, l'expression " tout ko li se wanga" (des fétiches sur tout le corps) exprime une disposition du même ordre, ce que reprennent un bon nombre de formes d'art rituel. Dans la thérapie ou le culte, les tentatives de toucher l'au-delà sont innombrables pour la bonne raison que, pour guérir l'autre, il faut d'abord mache chache (marche cherche), autrement dit, il ne faut pas ménager sa peine.

L'empilage, l'ajout sans fin dans un univers en transformation, a pour premier objectif d'établir une analogie: lorsque je deviens l'autres et un autre je, et que tous deux nous devons l'univers, alors la lumière jaillit. De sorte que les références répétées à la transmutation et à la mimesis s'illustrent dans ce moment important du rituel appelé wete po, mete po (où est ta peau, mets ta peau). Change ta peau. Une fois cette étape franchie, on parvient à un autre état de la perception. Même à distance, grâce aux rognures d'ongles ou à des mèches de cheveux, à des photographies, à des morceaux de vêtements, les esprits sont attirés ou projetés sans difficulté. Il suffit d'esquisser les gestes appropriés, que l'on peut emballer ou détacher, épingler ou enfermer.

Pourtant Kalfou, dans ses fonctions d'inducteurs d'états d'hypnose, s'avère néanmoins insuffisant. Il doit être lié, au travers de l'initiation, à l'apprentissage de la différenciation et de l'orientation.

Gran Bwa associe identité / anonymat, netteté / flou et orientation / désorientation. Les diagonales, les éléments en suspens: lignes de fuite, déplacement dans l'hypnose, répétition des gestes. une fois franchie la frontière de la conscience, reste à explorer des régions inconnues, terrifiantes, les ténèbres débouchant sur des espaces vierges de l'être et des perspectives de transformation insoupçonnées.

Les offrandes rituelles à Gran Bwa sont placées dans un petit sac de paille, le makout , ou dans une calebasse, le kwui. On ne prononce le nom de cette divinité omniprésente, collective, que dans le plus grand secret. Les cérémonies de récolte des feuilles ont lieu la nuit, dans une atmosphère de communion clandestine. Le forêt se resserre autour du groupe pour former un espace traversé d'ondes, un temple naturel offert à ceux qui sont déterminés à cheminer au-delà. Le processus de transformation a déjà commencé à éclairer cette aire du songe qui s'était ouverte après la traversée de Kalfou. La conscience ordinaire rencontre la conscience liminale, crant un nouvel espace-temps.

À l'initié se dévoilent des perspectives singulières – des réseaux géométriques de symboles, des jeux de lignes et de signes. L'iconographie de Gran Bwa telle que la représente les vèvè montre l'humanité dans son espace physique. On est frappé par l'image d'un corps auquel est appliquée une grille, dont chaque triangle-carré enferme un pwen. Par sa structure répétitive elle rappelle une marelle dessinée par la main d'un enfant plein d'insouciance. Capitale pourtant est la maitrise de la séquence et du nombre, le Kontwol, le contrôle. Cet art, d'une complexité inouïe, culmine dans le tracé des vèvè où i synthétise des relations encore cachées. Les danses rituelles se déroulent autout du poto mitan, le pilier qui se trouve au centre du hounfor (temple), et qui est le chemin par lequel les loa arrivent parmi les hommes. De même, la disposition de tous les objets à l'intérieur est calculée de manière à contrôler des forces qui, autrement, poursuivraient une errance inutile.

Du fond des bois surgit "la direction", apparement inhérente, générée par les instincts de survie de ceux qui s'y sont perdus. Pour les voyageurs égarés, paradoxalement, la force qui a provoqué leur perte d'orientation dans l'espace est justement ce qu'ils qualifient de direction, car seule cette dernière en a la maitrise. Automatisme, spontanéité – ces deux mots semblent caractériser la substance de la magie et des loa, ces forces de la création que les hommes forcent à jaillir apparemment de nulle part alors qu'ils les tirent d'une réalité matérielle objective, couches en surimpression de "coïncidences" dans un univers infiniment plus organisé qu'il n'y parait.

La magie, au même titre que la création, est le fruit de contradictions internes arrivées à maturité. Ici il n'est pas question de reproduction, mais plutôt de la naissance d'une force nouvelle.

Simityè: le cimetière – dernière station de l'humanité, station où l'homme se trouve libéré de sa présumée destinée. Ici se produit tout à la fois une juxtaposition et une opposition du passé, du présent et de l'avenir de la société. Le cimetière accouche d'un être nouveau dans la dissolution / coagulation.

Appel de la terre, poussière originelle à laquelle retourne l'humanité, force passive de concentration, genius loci, esprit du lieu. La terre et les rochers sont les seuls témoins éternels du tournoiement éphémère des hommes. Ce sont des marqueurs de réalité, d'où leur importance dans la magie. Quand les chrétiens enterrent l'un des leurs, ils jettent des poignées de terre sur le cercueil avant le moment où, justement, ce sol se referme sur le défunt. Le vaudoun fait de la terre un usage multiple.  C'est la terre des carrefours et des marchés, la terre des forêts et des cimetières, la terre du seuil de la maison, du village, du temple. C'est le sept priz tè (sept poignées de terre) qui figure symboliquement entre autres, dans le pakèt kongo et la calebasse d'offrandes. Par ailleurs, la mise en terre symbolique a une action thérapeutique par le contact régénérateur avec ses nutriments. Emblème de l'économie rurale, la terre est ce qui enracine et attache, c'est la valeur suprême, surtout dans la société féodale.

En regroupant les tombes qui, chacune, témoignent d'une aspiration à la vie éternelle et d'une décision de marcher ensemble vers une destinée collective, le cimetière abolit les séparations terrestres et reconstitue le clan originel. Le moun (le peuple) haïtien, tout comme le muntu congolais, englobe non seulement les vivants, mais tous les ancêtres, population omniprésente du simityè.

Les cimetières, en Haïti, sont des lieux "surréalistes" par le bigarré des couleurs et des constructions, bien plus solides que les maisons d'habitation. Qu'il soit vaste ou modeste, citadin ou rural, le cimetière est le centre par excellence de la magie, où Kalfou et Gran Bwa deviennent accessibles. L'issue devient palpable: la mort et la renaissance, la transfiguration à travers le triple mouvement de la magie. Équipée de trois bêches, trois pelles, trois pioches, la société émerge armée des outils de son émancipation et s'apprête à connaitre une résurrection sur de nouvelles bases.

L'émotion est présente, les conflits oubliés, les doubles unis. Tout ce qui était à l'état latent se manifeste.

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LA CONCEPTION DE L'ÂME CHEZ LES BAKONGOS:

La conception de la personnalité chez les Bakongos était pluraliste. Cette croyance contribua certainement à la fusion des deux conceptions de l'homme — dahoméenne et congo — dans le vaudou Haïtien.

Pour les Bakongos, en effet, l'homme "se compose de quatre éléments: le corps (nitu), le sang (menga) qui contient l'âme (moyo) et le mfumu kutu, sorte de double âme. Venant donner à l'être humain sa personnalité parfaite, le nom (zina) constitue l'homme complet".

C'est grâce à l'âme (moyo), nous dit Van Wing, "que l'homme vit sa vie". Cette âme résiste victorieusement à la mort et se retire ku masa (à l'eau) que les bakongos désignent d'une manière très caractéristique:  Ku Banzingila ( là ou l'on vit).  L'eau est le monde des ancêtres. "Dans leur village, les ancêtres ont leurs maisons, leurs champs, ils ont de grandes richesses, des étoffes, de l'argent, du gibier, du vin de palme. Ce village est situé ku masa, dans l'eau, du côté de la forêt, car la forêt se trouve près des rivières". Il existe donc un point commun entre la conception dahoméenne des âmes et de la mort et celle des Bakongos: Une âme, à la mort de l'homme, entre en contact avec l'eau. Ce contact, chez les dahoméens, était transitoire: l'eau est un élément de passage, un lieu où l'on récupère les âmes pour les déifier. Chez les Bakongos, l'eau était le séjour permanent du moyo après la mort. Cela explique que l'eau joue un rôle primordial dans le monde funéraire en Haïti.

Si la mort du Vaudouisant haïtien s'inscrit très nettement dans un contexte Dahoméen, une variante assez importante dans l'itinéraire post mortem de l'âme témoigne de l'influence des Bakongos: l'âme, qui sera récupérée pour être divinisée, va directement sous l'eau où elle séjournera en attendant qu'on "la fasse lever". Cette modification est très certainement due au bouleversement de la géographie; il est beaucoup plus facile de rejoindre l'élément liquide omniprésent — et qui pour les Congos coïncide avec le monde des ancêtres — que de gagner le monde des ancêtres du Dahomey resté quelque part en Afrique.

L'autre âme, que van Wing appelle âme sensible, "principe de la perception sensible", le mfumu kutu, a pour siège l'oreille: elle est "le seigneur de l'oreille".

Mais les Bakongos disent qu'elle est "chose de Nzambi", qu'elle vient de Dieu. Or cette âme présente une des caractéristiques de l'âme dahoméenne qui vient du culte de mawu. La ressemblance ne s'arrête pas là: quand le mfumu kutu "entre dans l'enfant, il vient de loin; lorsqu'il quitte le cadavre, il s'en va loin, ku katalukidi".

Autrement dit, elle vient de Dieu et s'en retourne à Dieu. Elle n'aura plus de contact avec les vivants après la mort de son propriétaire.

À l'intérieur de cette structure résolument héritée de l'Afrique occidentale, les analogies sont troublantes entre l'idée que le vaudouisant haïtien se fait de la vie de l'une de ses âmes, et celle que se fait le Bakongo de l'activité de mfumu kutu: "la nuit, (le mfumu kutu) erre par les campagnes, aussi le sommeil s'empare-t-il de l'homme; le jour, s'il s'en va, l'homme tombe évanoui (...). Si le matin l'on éprouve quelque peine à éveiller quelqu'un, c'est que son mfumu kutu n'est pas revenu, il s'en est allée trop loin (...). Lorsque le mfumu kutu s'en est allé, son activité ne se ralentit pas mais elle est autre; il se promène partout, il rencontre ce que l'on rencontre dans la nuit obscure (...). Tout cela, l'homme endormi s'en rend compte parfois : c'est le rêve. Quand au matin le "gros bon ange" ne réintègre pas son enveloppe corporelle, la personne qui l'a perdu tombe dans une profonde léthargie" Les éléments pivots, les seuls clairement exprimés, de la conception de l'âme en Haïti, sont ceux qui coïncident ainsi à l'intérieur des philosophies des deux principaux groupes en présence à SAINT DOMINGUE: les dahoméens et les congos. Ces deux points acquis, les seuls qui réalisent un accord unanime, la philosophie vaudoue tombe dans la confusion quand elle doit se prononcer sur la nature, le rôle, la vocation des âmes de l'homme...

UNE RELIGION MONOTHÉISTE?

Toute la littérature ethnologique qui a précédé Herkovits (Bosman, Skerthchly-Burton) fait état de la croyance des Dahoméens dans un Dieu créateur Omnipotent, qui , une fois son oeuvre accomplie, se serait retiré, livrant le monde à des divinités subalternes. De là, à l'affirmation suivant laquelle ;a religion Dahoméenne serait monothéiste, il n'y avait qu'un pas, que franchirent les missionnaires et les ethnologues catholiques.

Cependant la distance est grande entre Mawu et le Dieu éternel des judéo-chrétiens. Mawu est une créature — avant elle, a existé un être qui l'a créée. La seule étape explicite formulée par la pensée mythologique avant Mawu et Nana Buluku. Le refus d'accepter une origine première à toute existence, caractéristique de la pensée religieuse dahoméenne, amène les théologiens à affirmer que Nana Buluku est lui-même le produit d'une création et qu'il y a eu une multitude de Mawu.

Il est cependant légitime de se demander si sa conception hiérarchisée du monde ne conduit pas le Dahoméen à considérer un personnage divin qui, par l'étendue de ses pouvoirs et l'absolue nécessité de sa présence comme condition de l'ordre, relègue les autres divinités au rang d'inférieurs. Infériorité qui tendrait à ne leur laisser que certains pouvoirs limités et spécialisés, et qui exclurait en eux l'essence divine transcendante, celle-ci restant l'apanage de Mawu. Il serait alors plus facile de comprendre qu'en Haïti l'identification de Mawu avec le "Bon Dieu" des chrétiens se soit opérée sans grande difficulté.

 

CONGO EN HAÏTI:

L'influence de la culture Congo sur la mentalité générale de l'Haïtien contemporain est donc très subtile, beaucoup moins apparente que celle exercée par les peuples d'Afrique occidentale — ce que nous pourrions résumer ainsi: une religion d'inspiration soudanaise est vécue par une population en majorité d'origine bantoue. Cette situation curieuse a plusieurs conséquences.

Ainsi, la vie profane du paysan Haïtien est à bien des égard profondément marquée par les Bantous: par exemple toute l'imagination non religieuse s'exprime dans la tradition bantoue; une multitude de "contes" profanes et de devinettes sont des traductions fidèles  ou des transpositions de légendes et de devinettes congos.

Quant à la vie religieuse, dominée à l'origine par des leaders venus d'Afrique occidentale, on y retrouve de nombreuses traces de ré-interprétations en termes de culture Bantoue (place de certains dieux ancestraux, rôle de la magie, etc.), mais aussi certains traits particulièrement vigoureux qui se sont insérés tels quels dans le cadre dahoméen: c'est ainsi que le Mawu déhoméen, le Nzambi des Bantous et le Dieu catholique concourent à donner sa physionomie propre au "Grand Maître", Dieu suprême des vaudouisants.

Il est source de toute vie; à la mort de ses crétures humaines, il récupère une de leurs âmes; il est au dessus des esprits auxquels s'adresse le culte (on ne lui rend aucun culte); comme Nzambi, il est législateur des règles morales, punit les hommes quand ils transgressent celles-ci de leur vivant, mais ne récompense jamais.

Le culte des ancêtres des Bantous a disparu avec l'éclatement des groupes de parenté. Ce qui subsiste de religion familiale en Haïti est résolument dahoméen (présence des ancêtres dans des cruches, transes etc..), mais les bakongos ont influencé ce nouveau culte des ancêtres: Comme chez les Bantous, c'est le chef de famille qui officie, et non plus un prêtre spécialisé comme au Dahomey. De nombreux traits du rituel vaudou sont typiquement congos: par exemple, l'utilisation de la poudre, que l'on ne retrouve pas au Dahomey mais qui se pratique en Haïti dans les cérémonies dites de rites congo ou de rite pétro (le rite pétro est un rite créole de forte inspiration congo); la forme des tambours utilisés lors des cérémonies congo ou pétro; de nombreux pas de danse.

Mais le domaine où l'influence bantoue s'est exercée avec le plus de force reste la magie. La magie des Bantous s'est exprimée à l'intérieur comme à l'extérieur du cadre religieux dahoméen. La religion a récupéré la magie positive, bénéfique (curative essentiellement), laissant aux spécialistes  non religieux et aux prêtres maudits la magie offensive (antisociale) et les pratiques de protection en général.

LA MAGIE BANTOUE DANS LE VAUDOU

Les Bakongos ont apporté au vaudou une importante catégorie d'esprits: les esprits de l'eau, les bisimbi. En Afrique centrale, ces esprits aquatiques  dominent un important secteur de la magie et entrent dans la composition de nombreux nkisi (talismans).

Chez les bakongos, les rapports avec les esprits bisimbi sont des rapports individuels établis dans le secret. En Haïti, intégrés dans le culte collectif, ces esprits constituent une famille importante qui se manifeste – comme les dieux dahoméens – par la transe, qui a ses initiés. Ils gardent cependant les mêmes caractéristiques que les bisimbi congos: ce sont des esprits d'eau douce, de sources et de rivières.

"Le sanctuaire des dieux Simbi est pourvu de petits autels sur lesquels on remarque des chromos de saints et de mages – les trois rois mages sont assimilés à trois rois congos dont la mythologie haïtienne a gardé le souvenir –, une lampe à huile d'olive, des govi (cruches) qui servent à les invoquer. Comme les simbi sont des dieux guérisseurs, des paquets dits paquets simbi sont aussi placés sur leur tables-autels. Ces paquets simbi sont la réplique exacte des nkisi congos. Les paquets sont des talismans thérapeutiques qui contiennent des matières végétales et minérales: encens, poudre à canon, écorces, tiges, vivres, feuilles desséchées (dont la feuille dite trois paroles – allophys occidentalis – est indispensable pour toute cure parce que sans elle on ne peut obtenir la protection du père, du fils et du Saint Esprit), le tout pulvérisé est mêlé à une pâte tirée des animaux sacrifiés. On prépare les paquets au cours d'une cérémonie faite en l'honneur d'un loa guérisseur. Au moment de la nouvelle lune, on les attache et les enveloppe de satin  ou de soie aux couleurs consacrées aux dieux intéressés. Ils sont ensuite parfumés et déposés dans des assiettes de faïence blanche ou dans des sortes de gourdes en terre cuite.

Les paquets mâles sont confectionnés par les houngan et les paquets femelles par les mambo. Et comme les simbi sont des Loa aquatiques, on place toujours dans leur Hounfor une cuvette pleine d'eau.

On retrouve les paquets congo ou paquets simbi dans tous les sanctuaires d'inspiration Bantoue – dans les rites congo et pétro – où les guérisseurs sont nombreux: ordinairement des poupées de toile bourrées avec des feuilles, des herbes et des racines pulvérisées et parfumées. Si, en Haïti, la maladie est ainsi intégrée dans le contexte religieux (dans de nombreux cas seul le prêtre pourra guérir le mal), il faut y voir un apport bantou: cette notion est totalement absente au Dahomey.

LA MAGIE BANTOUE HORS DU CADRE RELIGIEUX EN HAÏTI

Dans le cadre du Vaudou, les sortilèges ne sont envisagés que dans une perspective curative. Hors de celui-ci, ils peuvent être utilisés pour la protection et l'attaque. Cette "magie profane" est désignée par le mot wanga. pour la confection de nombreux wanga, le magicien utilisera un peu de terre prélevée dans un cimetière comme un collègue congo utilise pour ses nkisi de l'argile "prise au fond d'une rivière, d'un étang, séjour des esprits des morts". Wanga désigne souvent un talisman puissant qui protège un individu, un champs ou une maison. l'expression "accomplir le wanga" renvoie en général à une action plutôt inquiétante. En effet, ce secteur de magie fréquenté par tous ceux qui, par désir de puissance ou de vengeance illicite, veulent causer du tort à autrui – toutes actions maléfiques qui par essence ne peuvent s'exercer dans le cadre de la religion.

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Voici cher Ami(e)s un petit tour d'horizon des origines Vodùn... nous établiront prochainement les corrélations entre le panthéon Dahoméen et Haïtien.

À tout bientôt

 

Lila Desquiron pour l’Abbaye Doualas / Loray Gwondé Bon Bòkò.

 

 

 

Le vaudou d'Haïti est un syncrétisme, une structure religieuse issue de l'assemblage d'éléments empruntés à plusieurs autres religions. En élaborant ce langage, au coeur même des plantations de Saint-Domingue, les esclaves mirent en lumière ce qu'il y avait de commun aux différentes ethnies brassées par le commerce négrier; il a fallu en effet que s'accomplisse une profonde synthèse entre les différents patrimoines traditionnels des tribus dont les représentants, parqués au hasard des plantations, se trouvaient pour la première fois soumis au même sort.

Par delà la diversité des origines, s'est formée une religion qui témoigne d'une grande unité d'inspiration. En Haïti, il n'existe pas comme au brésil de culte séparés suivant les ethnies inspiratrices: Le vaudou englobe et harmonise en une même structure les alluvions déposées en son sein par les cultures qui l'ont alimenté. Et c'est par cet héritage, pieusement conservé, qu'aujourd'hui encore leur descendants continuent à penser et à exister...

Malgré la variété du paysage ethnique de Saint-Domingue, deux lignes de force dominent la composition des populations réduites en esclavage: d'une part, les peuples de l'ancienne côte des Esclaves et, en particulier, les Dahoméens, qui ont donné au vaudou son cadre général, sa structure; d'autre part, les Bantous d'Afrique centrale qui ont recueilli cette impulsion fondamentale, l'ont enrichie et transformée, et ont été l'affluent le plus considérable de la source dahoméenne.

LE PEUPLEMENT DE SAINT DOMINGUE ET LA NAISSANCE DU VAUDOU

Les esclaves traités à la côte des Esclaves sont désignés dans les registres du temps par plusieurs vocables dont celui d'Aradas, "prononciation corrompue d'Ardra, nom de l'un des royaumes de la côte des Esclaves".

Plusieurs groupes sont réunis sous ce vocable. L'histoire de la formation du royaume du Dahomey nous apprend que les ethnies dont les prisonniers de guerre furent vendus aux négriers, vu la similitude de leurs cultures, se sont très aisément fondues en une seule entité: "Sous cette expression, on désignait les esclaves venant de l'est du Ghana actuel, du Togo et du Dahomey. Ils avaient presque tous été embarqués sur la côte de Juda, Wuyda, ou Ouida de nos jours, et c'est la communauté de langue (arada) qui, aux yeux des colons, faisait leur unité."

Parmi les esclaves traités à Ouida, il se trouvait peu de Fons. Les sujets du roi d'Abomey, en effet, ne pouvaient être vendus comme esclaves: "Tout individu, au Dahomey, qui n'était ni noble ni esclave était anato (roturier) (...) parce qu'il était danhoménou (une chose du Dahomey), personne ne pouvait le vendre comme esclave, pas même le Roi."

Le Roi essayait même le plus souvent de racheter ses sujets faits prisonniers par l'ennemi afin qu'il ne fussent pas vendus aux négriers.

Il se trouvait cependant des Fons parmi les esclaves - mais il s'agissait alors de criminels ou de rebelles que le Roi vendait au lieu de les tuer. Par contre, les Gédévis (fils de Gédé), anciens habitants de la région, furent vendus en bloc par les envahisseurs aux marchands d'esclaves et furent transportés en majorité, semble t'il, en Haïti. Le culte de Gédé a en effet presque disparu à Abomey, tandis qu'en Haïti, c'est une famille  de vodoun des plus importantes. Quatre de leur vodoun sont des divinités importantes du panthéon Haïtien: Azake, Agassou, Bossou, Dossou.

Les premiers esclaves traités à Saint Domingue, ouolofs, toucouleurs, peuls, mandingues, bambaras, avaient été achetés à Saint-Louis au Sénégal. Très appréciés par les colons, il ne furent jamais à Saint-Domingue qu'en nombre restreint, tenus pour de véritables "produits de luxe" que les grands planteurs s'offraient à prix d'or. Ces esclaves étaient en général islamisés. Disons tout de suite, puisque nous n'y reviendrons plus, qu'ils ont laissé des traces dans le Vaudou Haïtien: "Certains groupes de loa proches des Congos et des pétros parlent un langage où se retrouvent des mots, des phrases arabes, ainsi: 'SALAM! salam Malékoum! Salay! Salam ma SALAY!' (Loa dits loa sinégal).

À partir de 1777 commence à Saint-Domingue l'âge d'or des Congos. Ils arrivent très nombreux car, dans les vingt dernières années de la traite, les grandes cannaies atteignaient leur plein épanouissement. "On plaçait sous ce nom les esclaves traités au sud du Bénin sur les rivages du Cameroun, de la Guinée espagnole et d'une partie de l'Angola. Quand il s'agissait de vrais congolais, on parlait de francs-Congos. Beaucoup de Congos arrivent baptisés en Amérique: " Il y a beaucoup de Congos qui ont des idées de catholicités, notamment ceux de la rivière Zaïre. Elles leur sont venus des portugais." Les Congos du Brésil seront eux aussi christianisés et joueront un rôle actif dans le syncrétisme des religions d'Afrique occidentale avec le catholicisme. Il en fut certainement de même à Saint-Domingue. Face au vide laissé par l'arrachement à la terre originelle, les esclaves durent se trouver un langage commun, se redéfinir en tant que groupe homogène. Ce trait est encore plus évident en Haïti qu'au Brésil, et c'est bien cela qu'en Haïti eut lieu la seule révolte d'esclaves au monde qui ait réussi. Demeure encore au Brésil un clivage assez net entre différents rites ethniques. En Haïti, tous les rituels se sont fondus au sein d'une seule et même religion, qui reste pour le peuple haïtien le facteur d'unité le plus puissant, face au malheur commun: Le vaudou.

LES SOURCES HISTORIQUES DU VAUDOU: LE DAHOMEY (ACTUEL BÉNIN)

On n'insiste généralement pas assez sur ce fait, pourtant décisif: L'harmonisation des différents systèmes religieux africains, dans ce que l'on dira le Vaudou, n'a pu s'accomplir, avec une si étonnante souplesse, que parce que les tribus d'afrique occidentale qui en furent les iniatrices avaient une très vieille pratique de ce genre de démarche.

La côte des Esclaves était une région à "Histoire chaude". la mémoire des groupes culturels qui formèrent le royaume du Dahomey est hantée par la guerre, les conquêtes, les migrations. Ce mouvement continuel de populations la transforma en creuset bien avant l'arrivée des marchands d'esclaves européens. Ceux-ci ne firent qu'ajouter une motivation de plus  la guerre de conquête commencée par les rois du Dahomey dès le XVIe siècle. Or la religion avait toujours joué au cours de leur histoire un rôle intégrateur: C'est en accueillant les dieux vaincus que les rois du Dahomey avaient ainsi l'habitude de voir le roi "acheter" les divinités qui servaient sa politique.

Une extraordinaire histoire, qui commence avec la migration des Alladahonous, ancêtres des Rois du Dahomey.... Petit groupe de scissionnaires ajas, ceux ci édifièrent par la force des armes l'un des grands royaumes d'Afrique. "On le voit d'abord, horde proscrite, se fixer au milieu des tribus étrangères, s'y créer des alliances, puis, à l'abri de celles-ci et par la force et la ruse, s'étendre comme une tache d'huile, autour du point où il est venu s'échouer. Bientôt, ayant absorbé ses voisins, il dépasse leurs frontières naturelles, fonde un empire (...)" Cette fraction de la tribu aja aurait abandonné Tado (sado), sa ville d'origine à la suite d'une querelle.

Les dissidents étaient dans une telle colère, dit-on, qu'ils ne voulurent plus rien avoir en commun avec ceux qu'ils quittaient. Ils créèrent alors leur propre Vodoun, Ayizan, un vodoun qui devait symboliser à la fois leur exode et un nouveau culte des ancêtres: "Pour marquer le jour de notre départ vers l'inconnu, nous instituons l'Ayizâ, et nous l'adorons désormais."

C'est également à cette époque que la figure d'Agassou prit toute son importance. Selon la légende, un monstre demi-homme demi-fauve était né des amours d'une femme de la tribu des Ajas et d'une panthère; Il eut lui-même un fils dont la lignée adora la panthère fabuleuse, sous le nom d'Agassou - lignée qui essaya de supplanter les gens de sado dans le commandement de la tribu. Le complot découvert, celle-ci dut fuir, après une lutte au cours de laquelle le roi Sado périt. Dès lors, en exil, elle ne rendit plus de culte à leur ako vodoun et ne reconnut que leur hënnou vodoun (dieu du clan), Agassou, "fondateur miraculeux de leur branche familiale". Ils arrivèrent à Allada, s'y fixèrent et s'y développèrent au point de supplanter les populations autochtones et prirent le nom d'Agassouvis-Alladas, jusqu'à ce qu'une nouvelle querelle de succession les divisent - une branche partit vers Porto Novo où elle donna naissance à une royauté puissante, l'autre partit vers le plateau d'Abomey et se donna le nom d'Alladahonou (les rois d'Abomey considèrent toujours Allada comme leur berceau, leur lieu d'origine).

Les Alladahonous s'établirent d'abord à Oua Oué, où le culte d'Agassou fut imposé à la population autochtone, tandis que les fils d'Agassou, en contrepartie, adoptaient le Vodoun de Oua Oué, avant que le premier grand roi des Alladahonous, Dako, d'Abomey (vers 1625), entreprenne de conquérir le plateau.

L'unification ne se fit pas trop péniblement marquée par l'intégration de Gédé dans le panthéon, puis de Dan Aïdo Hwèdo, "le seprent arc-en-ciel, un vodun mahi particulier à la tribu des Djinous". Le plateau d'Abomey conquis, le roi Agadja (vers 1708) ouvrit la route vers le littoral en soumettant le royaume de Savi. C'est ainsi que Dangbé, le serpent de Ouida, entra dans la religion dahoméenne: "Agadja, vainqueur d'un pays où on l'honorait, voulut se ménager sa faveur. Il l'acheta et le fit connaitre au Dahomey."

Agadja fit également l'acquisition auprès des dassas d'une famille de vodoun qui devait devenir la plus populaire du Dahomey: Sakpata. "Le roi envoya des hommes de confiance chez les Dassas, qui revinrent avec les connaissances nécessaires pour établir au Dahomey le culte Vodoun redoutable.

Puis Hwandjele, mère de Tegbessou qui devait succéder à Agadja, fit preuve de décision pour ajouter le culte de Mawu Lisa: afin d'asseoir l'autorité de son fils, compromise par un autre prétendant au trône, elle se rendit en effet à Ajahomé, son pays natal, chercher le couple céleste, dont elle se fit la prêtresse à son retour. Tegbessou introduisit à son tour le culte d'Hévioso, à la suite d'une longue sécheresse. Il fît tomber la pluie. La légende ajoute que, profitant de ses grands pouvoirs, il fit installer en même temps "le vodun Akolombe  qu'il avait ramené de Djekin."

L'essentiel du panthéon dahoméen se trouvait ainsi constitué. Dans les temps qui suivirent, le culte se structura, les cosmogonies acquirent de la cohérence, de nouvelles divinités continuèrent à arriver suivant le même processus mais elles devaient rester mineures.

L'AFRIQUE CENTRALE

Le rôle créateur joué pr les Bantous dans l'élaboration du Vaudou n'a guère été étudié jusqu'à présent: il est cependant capital. Certes, les Bantous, ou Congos, n'ont pas modifiés la structure religieuse dahoméenne, mais, en l'adoptant, ils l'ont enrichie d'éléments nouveaux et, parfois, l'ont réinterprétée d'après leur propre culture. Deux facteurs ont contribué à cette assimilation des Congos aux Aradas. Ce que l'on pourrait appeler "le snobisme de la créolisation", d'abord. Le phénomène a été constaté dans toutes les colonies alimentées par la traite. Il se créait sur les plantations un personnage nouveau, le créole, c'est à dire un hybride culturel. Un groupe fermé se constituait avec ses lois strictes, son étiquette, sa morale, ses sanctions. Les nouveaux débarqués ne rentraient pas de plain-pied dans le groupe d'accueil; les anciens se moquaient d'eux, les traitaient de bossales (barbares). Pour avoir accès à ce monde où ils allaient vivre désormais.

Les nouveaux esclaves devaient se conformer aux valeurs qui y avaient cours. Le baptême était le plus souvent le premier rite de passage exigé. L'accès aux cérémonies vaudoues se faisait par la suite graduellement.

Pour les congos qui débarquaient dans les colonies en ayant été baptisés, en série, sur les rives du Zaïre, la créolisation se faisait donc par l'unique biais de la religion arada.

Le deuxième facteur tient à ce que les seuls rites collectifs des Bakongos étaient des rites liés au groupe clanique: pour eux, il n'existait pas de vie religieuse possible hors du clan. Celui-ci éclaté, il fallait trouver une nouvelle structure permettant de rétablir la liaison  avec l'au-delà: dans la colonie, la religion dahoméenne offrait un cadre collectif à la vie religieuse - la voie d'accès n'était plus la naissance mais l'initiation. Le faste des cérémonies, leur grande théâtralité, la personnalité des grands dieux, le privilège de la transe achevèrent sans doute de fasciner ces hommes et ces femmes qui avaient à combler un vide culturel crucial.

Dans une deuxième partie, nous tenterons de pointer l'influence subtile de la culture Congo sur l'Haïtien contemporain ainsi que la Magie Bantoue dans le Vaudou et hors du cadre religieux en Haïti

Lila Desquiron pour l'Abbaye Doualas / Loray Gwondé Bon Bòkò.

 

 

Depuis un certain temps, la communauté Hoodoo s'agrandit et cette notion de magie des Lampes à Huile qui l'accompagne s'étend sur le vieux continent. En ma qualité de Bòkò, je ne peux que me réjouir de cela.

Tout au long de l'histoire, le feu a captivé l'humanité, c'est une forme d'énergie pure et ambivalente, une puissance qui peut créer de la chaleur, transformer les ténèbres en lumière ou bien détruire toute une forêt. La présence divine ressentie dans le feu a été reconnue et embrassée aussi longtemps que l'humanité l'a tenu comme un cadeau sacré. Selon le mythe Grec, le feu fut donné à l'homme par les Dieux, pris par Zeus comme punition, et libéré par le Titan Prométhée.

Cet outil important transporte tant de pouvoir que sans lui la vie humaine cesserait d'exister. Il est purificateur, il est le lien direct avec les hautes sphères, il est un véhicule d'intention.

Dans les traditions Celtes, Aztèques, Amérindiennes, Mayas, Africaines et j'en passe, tout s'accorde à dire que le feu est l'incarnation du Grand Esprit, rattaché à la source et que ce dernier possède sa conscience propre. Un confrère qui m'est cher précise également que le Feu outre le fait d'être relié à l'énergie primordiale relie cette dernière à notre feu intérieur.  Les Lakota le nomme "Tunkashila", les Aztèques "Huehueteotl"... Sa présence dans les pratiques Magico-Religieuses est effective depuis des millénaires.

Alors quid des lampes Magiques à huile?

Peu de temps après que la civilisation ait commencé à s'épanouir, les premières lampes à huile ont commencé à apparaitre. Ces lampes ont illuminé l'obscurité et ont porté une signification spirituelle profonde. Avec le temps, le but religieux des lampes a commencé à croitre. Dans la plupart des cultures et des foyers, des lampes étaient allumées sur les autels en l'honneur des dieux ou des esprits à différents moments de la journée, par exemple à l'aube pour saluer le soleil, au crépuscule pour percer les ténèbres, ou maintenu perpétuellement pour représenter la continuité de la vie, de la famille ou de la communauté. La prière et la dévotion commencent généralement lorsque l'on allume la lampe. C'est souvent le privilège sacré du patriarche de maintenir la lampe allumé et de réciter les prières sacrées. Une simple prière à la lampe domestique, représentant les dieux ou l'esprit peut être:

"Je prie devant cette lampe sacrée, dont la lumière est la plus parfaite des représentation de l'esprit de (nom de la déité ou de l'esprit), qui perce dans les ténèbres et révèle tous les secret cachés, grâce auxquels la bénédiction divine est accordée. Salut à toi, O^(nom de la déité ou de l'esprit)"

Dans le monde d'aujourd'hui, on peut voir de plus en plus d'autels ornés de lumière électrique ou artificielle et il est à notre sens important de faire la distinction entre une lumière sacrée comme une lampe à huile, et une lumière décorative comme une ampoule électrique.

Dans le cadre de leur conception chaque éléments d'une lampe à une représentation sacrée et une signification spirituelle. Les huiles ont longtemps été recherchées comme outil primordial, offert aux dieux et aux esprits, ointes sur les objets de dévotion et les objets de l'art mais également utilisées comme condensateur ionique. Dans les lampes, l'huile peut signifier le monde physique, le plan matériel, et l'imperfection humaine. Le feu représente le divin, l'énergie primordiale, notre foi, nos Dieux et nos Esprits. C'est une manifestation physique de l'énergie. La mèche représente le lien entre le physique et le divin, attirant le monde physique vers elle et la destination finale de tout ce qui existe.

LA PUISSANCE DES LAMPES À HUILE MAGIQUES:

Les lampes à huile traditionnelles ont été utilisées partout dans le monde, à travers les temps et à de nombreuses fins, comme lumière de dévotion ou magie puissante et efficace.

Les temps anciens ont utilisé les lampes à huile et les torches, puis les bougies ont représenté la magie dans une forme plus raffinée dès les premiers temps. Mais la lampe était de loin le moyen le plus sophistiqué d'éclairage et devenait omniprésente dans la majeur partie du monde méditerranéen à la fin du premier millénaire avant J.C.

Une lampe est essentiellement un récipient qui contient un combustible et un endroit où la mèche peut brûler. Cette simple exigence a évolué à partir d'un fourneau ouvert, quelquefois une coquille ou une roche sculptée, où la mèche reposait sur le bord d'un dispositif très efficace dans lequel le réservoir de carburant et la buse étaient fermés et décorés.

L'huile d'olive semble avoir été le carburant le plus populaire pour les lampes dans le bassin méditerranéen, bien que d'autres types d'huile aient également été utilisées, mais cette dernière reste également le principe d'onction primordiale lorsque son procédé de conception respecte certaines règles. Les mèches ont besoin  d'une capacité importante d'absorption et peuvent être fabriquées à  partir de matériaux tels qu'un linge, du papyrus et d'autres matières fibreuses. Les lampes pouvaient effectuer une variété de fonctions: En plus d'une utilisation domestique quotidienne ou commerciale, les lampes peuvent être utilisées à des fin de magie.

À travers les âges, de nombreuses incantations ont impliqué les lampes, vecteurs de l'intention lancée dans l'ether... Aujourd'hui encore, les lampes à huile magique sont utilisées dans la Hodoo, dans le Vodou Haïtien ainsi que dans pléthore de système de croyance.

En pays Ayiti, ces dernières sont conçues avec les fameuses chaudières trois pieds et servent à accompagner les demandes faites aux lwas... le contenu des chaudières sera varié mais en majeur parti du temps basé sur un mélange de racines, d'herbes et bien d'autres curiosités en correspondance avec soit la demande, soit la déité invoquée.

L'efficacité de cette démarche n'est plus à prouver et aussi longtemps que les traditions continueront d'être perpétuées, les flammes des lampes continueront d'éclairer nos nuits et nos journées.

Ayibobo.

Dans la plupart des religions les divinités sont des entités de nature essentiellement immatérielle, ultimes modèles  de la perfection et des idéaux auxquels doivent aspirer les humains. Dans le Vodou, on est plutôt en présence d'esprits qui veulent prendre la forme humaine, avec tous les sentiments et sensations que connaissent les hommes: joie, tristesse, bonheur, douleur, faim, soif, etc. C'est dans ce but qu'ils s'incarnent dans leurs adeptes qui acquièrent à ce moment-là leurs caractéristiques et leur personnalité. C'est de cette incarnation qu'il s'agit quand on dit, en terminologie vodou en parlant de l'adepte en crise, "Lwa a monte chwal li'. (Le lwa a monté son cheval)

Ce genre de phénomène existe dans beaucoup de religions. Il a été communément dénommé "crise de possession" ou "transe". En ce qui a trait à notre vodou en particulier , nous pensons que l'usage de mots tels que "possessions" et "posséder" est a déconseiller, afin d'éviter toute confusion possible avec les possessions dites démoniaques, en assimilation des lwa ou satan ou au démon des chrétiens.

En effet, pour le croyant, l'emprise qui le domine vient d'une divinité. On doit bien admettre ce fait si on veut aborder la question sans préjugés. D'autres part, le mot transe est aussi employé dans les sciences occultes pour identifier l'état de dépersonnalisation psychique d'un médium. D'après Crosley 2002, dans le cas du Vodou , il ne s'agit  pas de seconde personnalité, mais d'un état de superposition entre le lwa et l'adepte. Il serait donc recommandable d'employer un autre mot. C'est pourquoi nous proposons le vocable "théomorphose".

Voici comment les vodouisants conçoivent la théomorphose: Chaque personne est dotée de deux âmes le "gwo bonanj"( le gros bon ange), et le "ti bonanj"(le petit bon ange). Le gwo bonanj est responsable de l'existence matérielle, des fonctions physiologiques et mentales, tandis que le ti bonanj est l'essence même de la personne, et correspondrait à ce que les chrétiens appellent "âme". Crosley nous explique le caractère ontologique de ce concept:

D'un point de vue ontologique, les deux âmes de l'homme, Gros-Bon-Ange et Ti-Bon-Ange correspondent à la réalité supersymétrique voulant qu'au début de la création, après le big bang, l'univers se soit manifesté en duo, comme particules et ondes en même temps. (Crosley 2002:99)

Au moment de la théomorphose, le Lwa chasse le "ti bonanj" et se substitue matériellement à sa place. C'est la descente de la divinité pour habiter dans la personne qu'elle a choisie, un phénomène comparable au dogme catholique de la présence de Jésus sur l'autel de la Consécration.  Pour les catholiques, Jésus est réellement présent sous la forme de l'hostie, mais ils ne le voient pas en chair et en os, tandis que dans le cas de la théomorphose vodou, le Lwa est là, visible, c'est à dire il est lui même la personne en crise. Léon-François Hoffmann nous fait la description suivante du comportement d'adeptes montés par ZAKA, OGOU, et EZILI FREDA:

... La personne  "montée" par Zaka (représenté par un vieux paysan), courbera l'échine, se déplacera avec difficulté, parlera d'une voix chevrotante. La personne "montée par un des Ogoun (représenté par des militaires) prendra une allure martiale, réclamera une machette pour arme, fera le salut militaire... la personne "montée" par Erzulie Freda Dahomey (représentée par une femme coquette) minaudera, balancera des hanches, réclamera du parfum et des liqueurs sucrées... (HOFFMAN 1990:115)

La théomorphose est une réalité empirique. Aux sceptiques qui douteraient de son authenticité - ce qui n'équivaut pas à prétendre qu'il n'y ait pas de crise feinte dans le vodou comme d'ailleurs dans les religions ou sectes où elle existe - on peut répondre que les symptômes ont été observés en Haïti et ailleurs, examinés à fond, et confirmés à maintes reprises par des hommes et femmes de science à qui on peut faire confiance. Dans le cas de Vodou, des témoins ont rapporté qu'au début , l'adepte est sujet à des convulsions, des spasmes, à des pertes d'équilibre, des poussée de température. Après un laps de temps relativement court, il arrive à se contrôler et même à faire montre d'une agilité ou de capacités qu'il ne possède pas normalement.

L'évolution du phénomène qui peut durer quelques minutes, quelques heures  ou même plusieurs jours dépend du Lwa incarné, du rituel, de l'expérience de l'individu, de l'ambiance, etc. Revenu à lui, l'adepte le plus souvent, ne se souvient ou se souvient très peu de son expérience. On a aussi fait remarquer que la crise était contagieuse et plus commune chez les femmes que chez les hommes.

Certains aspects du comportement des criseurs depuis son début jusqu'à sa fin peuvent laisser l'impression d'être tout à fait arbitraires. Cependant, ce ne sont là que des apparences comme le fait remarquer le Dr frantz Bernardin.

Bernardin, chercheur paranormal, dans un article intitulé "crise de possession dans le Vodou", exprime son point de vue sur ce qu'il appelle le cérémonialisme vodou, et nous dit qu'en dépit des apparences, il y a certes de l'ordre dans ce qui pourrait avoir une certaine apparence désordonnée:

Au premier contact le cérémonialisme Vodou donne une impression de désordre et de confusion. Il apparait comme un amalgame de symboles , de rites, de mouvements gestuels, de chants et de danses qui ne semblent obéir à aucun ordonnancement structuré. Mais observé soigneusement, méthodiquement, sans préjugé, il se révèle comme soumis à des lois, même si, d'un point de vue purement scientifique, l'in ignore la nature de ces lois. (Bernadin 2007. Port-Salut Magazine, 27/08/07).

En effet si on examine le comportement des serviteurs pendant la théomorphose, on constate une certaine uniformité quand ils sont montés par les mêmes lwa. Quelle que soit la personne, ils agissent de la même manière. Ceci revient à dire que le dit comportement n'est pas le résultat de décisions ou de fantaisies individuelles du moment, car ils semblent tous suivre les mêmes règles.

De Price-Mars et Dorsainvil à nos jours, pas mal d'attitude ont changé. n'est-ce pas bien Dorsainvil qui avait déclaré que le Vodou était une psychose raciale héréditaire? (Dorsainvil 1931). Ce qui ferait des nègres haïtiens une nation de malades mentaux, la psychose étant "une maladie mentale dont le malade ne reconnaît pas le caractère morbide" (le Robert).

À la même époque, price-Mars lui aussi donnait à l'épithète de phénomènes anormal, pathologique. N'avait-il pas bien affirmé que les serviteurs des Lwa étaient des déséquilibrés psychiques pourvus d'une constitution mythomane?

DESCRIPTIONS ET HYPOTHÈSES EXPLICATIVE

Dans Maximilien 1945 on peut lire:

La crise s'annonce par une sensation de fatigue musculaire, de lassitude dans les membres (sensation de membres cassés), du vertige avec diminution progressive des facultés supérieures. L'individu essaie alors de retrouver l'équilibre, en sautillant à reculons sur un talon et en projetant l'autre membre inférieur en avant. Il peut choir ou se jeter sur les spectateurs qui le soutiennent, puis il perd connaissance durant un instant. Ce n'est qu'un évanouissement, le criseur ne se rend plus compte de rien. (Maximilien 1945:56)

Voici la description de Métraux:

Il devient alors non seulement le réceptacle du dieu, mais son instrument. C'est la personnalité du dieu et non plus la sienne qui s'exprime dans son comportement et ses paroles. Ses jeux de physionomie, ses gestes et jusqu'au ton de sa voix reflètent le caractère et le tempérament de la divinité qui est descendue en lui. (Métraux 1958:106)

Et celle d'Emerson Douyon:

Le criseur ou chwal des loas compose sur son visage un masque caractéristique. Éperonné par son divin cavalier, le regard fixe, le front en sueur, le corps rigide tendu en avant, il fonce droit, s'arrête, se cabre, trébuche, tombe, roule, se débat, s'immobilise enfin dans une attitude cataleptique. Entouré, secouru, réveillé après un temps plus ou moins long, il est salué et reçu par des chants, des libations, des accolades.... (Douyon 1969:18)

La théomorphose, tout au long des temps, a suscité l'interêt de nombreux investigateurs qui ont tenté de formuler des explications, des points de vue soit médical, soit psychologique, soit mystique, soit théologique, ou logique. En ce qui concerne notre but dans cette étude éthno-descriptive, il se s'agit ni de débattre ni d'approfondir tous ces aspects. Nous préférons pour cela référer les lecteurs intéressés aux recherches des savants vodoulogues dont nous venons de citer les noms.

Pendant un grand nombre d'années,  les psychiatres et les psychologues haïtiens et étrangers, ont dominé le champs des recherches sur la théomorphose, et tout naturellement, leur formation médicale leur a fait y voir des états pathologies de toutes espèces.  C'est cette pratique que dénonce Léon-François Hoffmann:

Tant en Haïti qu'à l'étranger, bon nombre de psychologues d'abord, et de psychiatres plus tard, se sont penchés sur le vodou et tout particulièrement, comme on pouvait s'y attendre, sur ses aspects plus dramatiquement exotiques: crises de possession, envoûtement, zombis, etc. Il va de soi qu'assimiler un comportement d'abord perçu comme incompréhensible et menaçant à une maladie mentale est une démarche profondément rassurante qui permet en outre de dévaloriser ce comportement au nom de l'objectivité scientifique. (Hoffmann 1990: 164-165)

En effet, jusqu'au début de la deuxième moitié du XXème siècle, ce furent les hyopthèse pathologiques qui prévalurent en Haïti, comme le souligne Crosley 2002:

Entre les années 1913 et 1960, les psychiatres haïtiens ont accepté la définition médicale officielle de la crise de possession en tant que pathologie mentale. (Crosley 2002:104)

LOUIS MARS

Louis mars a fait de l'étude de la crise de possession le sujet principal de ses ouvrages. Psychiatre de profession, il n'est pas étonnant que ses points de vue aient été invariablement influencés par sa formation médicale. Toutefois, homme de science honnête dont la carrière s'est étendue sur de nombreuses années, il n'est pas étonnant qu'il ait eu à modifier ses positions, à mesure qu'il faisait de nouvelles découvertes, ou que celles de ses collègues parvenaient à sa connaissance.

En effet, dans un article publié en mars 1976 dans le journal le Nouvelliste, il manifeste ouvertement sa désolidarisation d'avec les méthodes médicales du passé.

Les premières observations sur le vodou en Haïti ont été recueillies par des médecins qui se sont servis de modèles cliniques occidentaux pour diagnostiquer la possession. Peu à peu, nous nous sommes aperçus de notre erreur et nous avons apporté la correction nécessaire. (Mars 1976)

Avant Mars, le psychiatre Emerson Douyon avait traité ces approches d'instables:

La plupart de ces points de vue faisaient allusion tantôt à une structure névrotique, tantôt à une organisation psychotique, tantôt à des conditions intermédiaires de désorganisation de la personnalité à la limite du normal et du pathologique. Cependant, les médecins haïtiens ou étrangers qui ont eu l'occasion d'examiner la question sont unanimes à reconnaitre que la simple observation psychiatrique est absolument insuffisante pour rendre compte d'un phénomène aussi complexe et aussi élaboré que la crise de possession. (Douyon 1969:31)

Le Docteur Mars, dans le même article du nouvelliste précédemment cité où il exprime son rejet des modèles cliniques occidentaux, annonce son choix du vocable "Théolepsie" pour désigner la transe religieuse:

La Théolepsie, c'est le nouveau  terme par lequel je désigne la possession religieuse. (Mars 1976)

Il ne saurait être question de notre part de mettre en question la justesse du choix du terme "Théolepsie", tant sémantiquement que théologiquement, qu'a fait notre respectable psychiatre. En effet, il signifie précisément "saisi par le dieu", et i lne s'agit pas nécessairement d'une condition pathologique. Mars a d'ailleurs bien pris soin de défendre en citant à l'appui l'Encyclopédie des religions et de l'éthique. Cependant, compte tenu des attaques dont notre pays et notre vodou ont été victimes à la moindre occasion, serait il prudent que nous adoptions ce mot? Ceci nous exposerait à ce que nos diffamateurs en profitent pour associer la crise Vodou à l'épilepsie, la narcolepsie, la catalepsie, tous termes qui désignent des états anormaux. Il est donc mieux que nous ne prêtions pas le flanc à leur dénigrement, et que nous nous évitions tout malheureux mécompte. Le mot Théomorphose est aussi correct, sémantiquement et théologiquement. En effet, il signifie "Incarnation et transfiguration du Dieu", pour y adapter une expression de Maximilien. Toujours dans le même article, Mars présente sa nouvelle explication basée, nous dit-il, sur la théorie de la communication. D'après lui, la possession religieuse vodou est un phénomène central de l'animisme afro-haïtien.

D'après Louis Maximilien, l'auteur de le vodou Haïtien, la Kriz lwa n'est pas théomaniaque, parce qu'elle peut être contrôlée par le Houngan ou la Manbo qui ont la capacité de l'inciter, la décourager, l'atténuer ou l'empêcher.  En effet, au cours d'une cérémonie dans un hounfò de Miami à laquelle nous avions été invité, nous avons remarqué que toutes les fois qu'un des participants montrait quelque tendance à avoir une Kriz Lwa, le Houngan et certains de ses assistants s'empressaient à le calmer, ou même à le faire entrer à l'interieur du hounfò. Il se peut aussi que le privilège d'être chevauché par le Lwa, le prêtre se le réservait pour lui même. De fait, le moment venu, on lui apporta un grand fauteuil rouge où il s'installa pendant sa crise, pour que Ogou, en sa personne, reçoive les hommages et entende les demandes de ses fidèles.

Le contrôle par le Houngan et la manbo à tout moment est d'une grande importance, surtout pour le novice, car il leur incombe de façonner l'apprentissage de celui-ci en ce qui concerne la conduite adéquate pendant la théomorphose.

Maximilien affirme que la Théomorphose n'est pas un dédoublement de personnalité. Il l'appelle plutôt une manifestation de personnalité additionnelle, préalablement conçue, parce qu'au cours des crises, le moi n'est pas anéanti. Elle est le résultat d'une longue préparation pendant toute sa vie qui a créé chez le vodouisant une susceptibilité spéciale qui fait partie de son naturel.

Maximilien postule que l'adepte, dès son enfance, est soumis à une ambiance qui lui crée des réflexes qui contrôlent ses réactions. De par sa formation antérieure, il a en lui-même des conditions optima de réceptivité, une formation imprégnée de croyances religieuses qui sera à la base de ses comportements futurs. Maximilien postule que la théomorphose est:

...Un phénomène nerveux, d'ordre suggestif qui se réalise de façon extrêmement aisée chez une catégorie d'individus antérieurement préparés quant aux éléments qui constituent le contenu de la crise et quant au déclenchement de la crise par rapport à l'ambiance. (Maximilien 1945:58)

.../...

ALFRED MÉTRAUX

Métraux commence par faire remarquer certaines apparences d'anomalie au début de la théomorphose:

Dans sa phase initiale, la transe se manifeste par des symptômes de caractère nettement psychopathologique. Elle reproduit dans ses grand traits le tableau clinique de l'attaque hystérique. (Métraux 1958:107)

Toutefois, il ne tarde pas à rejeter ce point de vue en faisant appel au témoignage de Melville Herkovits:

Il y a une vingtaine d'années déjà, Herkovits réfutait cette interprétation en soulignant l'aspect contrôlé et il constitue un moyen normal d'entrer en rapport avec les puissances surnaturelles. Le nombre de personne sujettes à la possession est trop grand pour que leur soit accolée l'étiquette d'hystériques, à moins de considérer l'ensemble de la population haïtienne comme atteinte de troubles mentaux. (Métraux 1958:121)

.../...

Les résultats des recherches sur la transe en Haïti et ailleurs ont été publiés à travers les années, mais nombreux sont ceux qui posent encore les mêmes questions: la théomorphose est-elle du ressort de la théologie ou des sciences occultes? nous trouvons-nous en présence d'états mentaux qui relèvent de la médecine? S'agit-il d'états normaux ou paranormaux dont la compréhension échappe encore à nos hommes et femmes de science?

En réponse: Nil novi usque ad presæns. Rien de nouveau jusqu'à présent. Il est vrai qu'on n'est plus à l'époque conformiste des Dorsainvil et Price-Mars, car il y a eu des changements de méthodologies et d'attitudes apportés par Louis mars,  Maximilien, Métraux, E.Douyon, etc. mais jusqu'à nos jours, les voies empruntées par les chercheurs ont conduit à la postulation d'hypothèses, et non pas à de vraies théories. Arrivera-t-on à valider ces hypothèses?

Après des dizaines d'années de recherches, doit-on conclure que les thèses et hypothèses existantes ne dépasseront pas les limites de leurs frontières actuelles, et que le reste tombe plutôt dans le domaine de la foi religieuse des individus. c'est dire que l'adepte qui agit d'une certaine façon, sans même y penser, le fait parce que sa foi religieuse et le comportement correspondant lui ont été inculqués dès les premières années de sa plus tendre enfance par son environnement. Il s'agit d'un apprentissage, à la "We are born to speak" de Noam Chomsky, c'est-à-dire à l'instar du jeune enfant qui, tout naturellement, fait l'acquisition de sa langue maternelle sans que personne n'ait à la lui enseigner.

Remarquez que nous ne parlons pas de "conditionnement de réflexe", mais plutôt d'acquisition naturelle d'une capacité mentale.

Pour finir, disons que la science et la logique ont plein droit à notre respect. Mais on doit certes ce même respect à la foi des adeptes; il faut accepter leurs croyances comme elles sont: dans toutes les religions, il y a de ces inexplicables connus sous le nom de mystères, auxquels les fidèles croient. Allez donc demander, par exemple, à un catholique d'expliquer scientifiquement ou logiquement, le mystère de l'assomption!

Étude ethno-descriptive G.A. férère; Ph.D

Impossible de passer outre cette notion dès plus importante si il nous est donné de vouloir présenter Vodou au profane.

 

Les jumeaux (Marassa) vivants et morts sont investis d'un pouvoir surnaturel qui fait d'eux des êtres d'exception. Dans le panthéon vaudou, une place privilégiée leur est réservées à côté des grands mystères.. D'aucuns prétendent même que les marassa sont plus puissants que les Lwa. Ils sont invoqués et salués au début d'une cérémonie, tout de suite après Legba; en certaine régions, à Léogâne notamment, ils ont la préséance sur cette divinité.

Toute famille qui compte des jumeaux parmi les siens ou dans une de ses lignée ancestrales doit, sous peine de châtiment, leur faire des offrandes et des sacrifices. Parfois, une famille frappée par une succession de malheurs apprend de la bouche d'un houngan qu'elle est punie pour avoir négligé les marassa appartenant à sa lointaine parenté, "au temps de la Guinée". On considère aussi comme marassa l'enfant qui naît avec les doigts adhérents, signe auquel on reconnait qu'il a mangé son frère dans le sein maternel.

Les jumeaux morts sont divinisés et leurs esprits sont d'autant plus redoutables qu'ils ont la réputation d'être - à l'égal des jumeaux vivants - emportés, violents et d'une extrême susceptibilité. Il existe un lien entre les marassa et la pluie. Ils en président la venue et peuvent même la hâter si on réussit à se les concilier par des offrandes. Les jumeaux sont représentés par des images de Côme et Damien, les jumeaux martyrs. Saint Nicolas (qui a ressuscité les trois enfants que le méchant boucher avait mis au saloir) passe pour être leur père, et Sainte Claire, leur mère. Pour obtenir une faveur des Marassa, il convient de s'adresser à Saint Nicolas, la face tournée vers le levant.

Tout comme les Lwa, les marassa appartiennent à différentes Nanchon (Nations). Il y a donc des Marassa Guinen, Dahomey, Nago, Ibo, Congo, Anmine, etc. On appelle "Marassa créoles" ceux qui sont nés en Haïti. Parmi les différentes catégories de marassa, certaines jouissent d'un prestige particulier en vertu de leur étroite association avec les esprit petro qui leur confèrent un certain pouvoir maléfique: ce sont les Marassa Bois. Leur culte diffère de celui des autres Marassa: la nourriture qui leur est destinée est emportée dans les bois et déposée sur les branches d'un arbre. À cette liste déjà longue, il faudrait ajouter, selon Odette Menesson-Rigaud, les Marassa blancs et les Marassa Giro qui seraient des jumeaux morts sans baptême.

Les possessions attribuées aux Marassa sont rares. Ceux dont ils s'emparent se conduisent en petits enfants "autoritaires et capricieux". Ils se roulent à terre, se relèvent, marchent d'un pas hésitant et réclament de la nourriture.

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marassa

L'enfant qui dans l'ordre des naissances, suit immédiatement les jumeaux - le Dossou si c'est un garçon, la Dossa si c'est une fille - unit en sa seule personne la puissance des deux et possède donc un pouvoir plus étendu que le leur. "Le Dossou est plus fort que les Marassa, plus fort que les Lwa".

C'est pourquoi il est traité avec le plus grand respect et, lors de la présentation des offrandes, passe avant les jumeaux. Par contre, l'enfant qui est né avant ces derniers - le Choukèt ou Dossou avant - jouit de peu de considération. On dit cependant de lui qu'il a "entrainé les jumeaux derrière lui" (Dosu dévâ ralé marasa dévâ)

La présence de jumeaux dans un famille oblige ses membres à des égards constants et mille précautions. Il suffit de peu de choses pour qu'un jumeau se tourne contre ses parents et que, selon son habitude, il les "saisisse" au ventre, c'est à dire leur inflige des troubles intestinaux graves. Il est vrai que les jumeaux acceptent d'être punis pour une faute qu'ils ont réellement commise, mais ils se vengent cruellement s'ils se croient injustement traités.

Une fois par an, le jour des Rois, le samedi Saint ou à la Noël, la famille qui compte des Marassa vivants ou morts est obligée, sous peine de "châtiment", de leur offrir un "manger marassa". Ce sacrifice est du type habituel, aussi n'en retiendrons-nous que les particularités saillantes. Quand un Houmfô de quelques importance rend hommage à tous les jumeaux qui y sont vénérés, le nombre des plats Marassa groupés par nanchon sous le peristyle peut atteindre facilement une cinquantaine. On y dépose le sang des victimes et les offrandes de nourriture. On sacrifie aux Marassa un cabri de robe brune et des poules "peintelées". La distribution des offrandes, confiée à une mambo, doit être rigoureusement équitable pour ne pas exciter les jalousies de ce petit peuple susceptible. Les tabous propres à chaque catégorie de jumeaux sont scrupuleusement observés. Ils sont de diverses sortes: certains jumeaux ne mangent pas de tels mets, d'autres veulent que leur plat repose sur une feuille de bananier ou sur une natte. ILs ne peuvent souffrir la vue de couteaux, de fourchettes ou de cuillers. Tout manquement à un interdit risque de les offenser et, dans leur légèreté enfantine, ils exercent des vengeances cruelles et souvent disproportionnées à la faute. Les légumes leur sont interdits par crainte, paraît-il, qu'ils ne "gâtent leur puissance". Les offrandes de nourriture sont enterrées dans trois trous creusés à proximité du sanctuaire - ou de la maison familiale, si la fête y a été célébrée.

img_0525Le repas des jumeaux se termine par le même rite que celui qui, parfois, clôt les fêtes pour les morts. Le reste des offrandes sont mélangés dans une grande calebasse ou une bassine de bois. Un hounsi fait trois fois le tour du péristyle, puis, après avoir à trois reprises montré aux enfants présents le récipient  qu'elle porte sur la tête et leur avoir demandé s'ils étaient contents, l'abandonne à leur gourmandise.  Ceux-ci se jettent sur cette pitance comme une volée d'oiseaux et s'en disputent le contenu. On leur enjoint cependant de ne pas briser les os avec les dents.

Si le repas est préparé pour des jumeaux vivants, ceux-ci sont naturellement les premiers à manger et c'est seulement lorsqu'ils sont rassasiés qu'ils offrent les restes aux invités; on les acclame et on ne cesse de leur demander qu'ils sont satisfaits. Cette inquiétude relative aux sentiments des jumeaux se fait jour dans un chant entonné à cette occasion.

Alfred Métraux

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Le vodouisant qui souhaite s'assurer le concours d'un Lwa pour atteindre un but précis ou pour se mettre sous protection mystique peut demander auprès d'une autorité Vodou un Mariage Mystique.

La même initiative peut être prise par une entité qui souhaite s'attacher à un mortel pour une raison précise.

Lorsque l'initiative découle d'une essence tels que les Lwas, l'entité peut dans l'éther s'unir avec le mortel, mais si c'est le fidèle qui décide de se lier, ce dernier devra avoir recours à un canal tel qu'un houngan, une Mambo ou un Bòkò.

Car il est difficile pour un fidèle même initié au premiers degrés de capter l'attention d'un esprit afin de l'inviter à s'unir et il est de toutes façons de rigueur qu'un haut gradé du Vodou se charge de la cérémonie.

Lorsque un Lwa et son conjoint mortel ont prononcés les paroles rituelles et échangés les anneaux en signe de foi promise, ils savent que dorénavant ils auront un destin commun et pourront compter l'un sur l'autre. Qui dit mariage dit aussi obligations et responsabilités. Si le Lwa protège et garde un œil attentif sur le mortel, ce dernier doit recevoir de la part de son fidèle compagnon des présents et des attentions toutes particulières. Chaque semaine, une nuit sera dédiée à l'essence épousée, cette nuit sera déterminée par le Lwa choisit. Durant cette nuit, le fidèle devra réaliser un service Vodou pour l'entité, et ne devra se réserver qu'à son époux mystique jusqu'à l'aube.

Accorder la dite nuit à un mortel équivaudrait à un adultère et certain lwas savent se montrer très jaloux! Les conséquences peuvent être dramatiques pour l'époux terrestre.

Beaucoup de Vodouisants ne franchissent pas le cap et ne s'unissent pas en raison des frais élevés de la cérémonie. Car c'est au fidèle de fournir les offrandes et apparats et nombreux également prennent peur vis à vis de l'importance de l'engagement.

Dans de nombreux Houmfors le Mariage Mystique est réalisé sous les apparats d'un mariage traditionnel , avec témoin et dignitaires religieux, un contrat en bonne et dues formes et rédigé et signé de la main de l'époux terrestre.

Le père Savane du Houmfor prononce les formules rituelles.

Les deux anneaux sont passés au doigt de l'époux terrestre, l'entité est invoquée selon le protocole qui lui est rattaché.

Mariage Mystique avec Ezili Dantor par Mambo la belle Déesse. (Montréal)

Mariage Mystique avec Ezili Dantor par Mambo la belle Déesse. (Montréal)

Libations, tambours, apport d'offrandes, le marié terrestre in fine, devient le chwal et tombe en transe, possédé par l'entité rattaché à lui. Les transes cessent souvent brusquement et la fête se termine par la série des danses en l'honneur des principales divinités Ginen.

Le mariage mystique n'est donc pas un vulgaire rituel à ajouter à la liste des services et actions du Vodou. Ce dernier n'est pas non plus le fer de lance du Vodou Haïtien. Il remonte à de vieilles traditions de l'Afrique.

Chez les Ashanti de la Côte d'or, lorsqu'une essence souhaite s'unir à un mortel, elle se jette sur lui et le fait tomber en transe.

Chez certaines tribu d'Amazonie, de nombreux sorciers se lient d'un pacte avec ce qu'ils appellent un Yoshi afin de pouvoir sceller un partenariat mystique. Et le protocole ressemble fortement à un mariage.

Donc réfléchissez bien les amis avant de vous engager, car le Mariage Mystique est une démarche sérieuse. Il est de toutes façons de rigueur à mon sens que l'époux ait déjà connaissance de l'essence à laquelle il devra s'unir pour le meilleur... Et pour le pire.

Le service Vodou, ou communément appelé dans le culte "Sèvis Lwa" est une cérémonie en l'honneur d'une ou de plusieurs divinités offerte par ceux qui les vénèrent ou par les officiants d'un Houmfo. Bon nombre de ces solennités s'appellent Manjè Lwa, parce  que l'un des moyens dont dispose un serviteur pour montrer sa fidélité à ses Lwas et obtenir leurs faveurs est de leur offrir leurs mets favoris.

Service Ogou Ferraille

Service Ogou Ferraille

Les lwas attendent à ce que ces services soient organisés régulièrement. C'est l'un des prix qu'ils imposent aux vodouisants pour que leurs prières soient exaucées. Même pour les services qui ne portent pas le nom de Manjè, le cérémonial de la religion exige que des aliments soient préparés rituellement, présentés aux lwas et consommés par les Chwal. Les manjè représentent également l'occasion de festivités sociales dont l'éclat dépend des circonstances du moment et des moyens de l'amphitryon. Ils peuvent être offert  en rapport avec les vivants ou les morts. Parmi les plus importants citons:

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La liste est encore longue, nous détaillerons chacun de ces rites plus tard.

Contrairement à ce que croient généralement les profanes, la plupart des services Vodou ne se font pas au secret. À l'exception de certaines phases de l'initiation Kanzo et du Pran Ason qui se déroulent à l'intérieur du Djévo, les cérémonies sont ouvertes au public. D'ailleurs elles sont en même temps des réunions sociales auxquelles sont invités non seulement les membres de la congrégation, mais aussi leurs parents et amis, et les voisins. Et même un étranger, un inconnu, ou un curieux qui se présenterait en respectant les règles normales du savoir-faire sera reçu courtoisement.

Le déroulement des cérémonies n'est pas régi par une standardisation rigide. Il varie avec les Lwa honorés, le but du service, les vœux des fidèles, les décisions des Houngan et Mambo et est sujet aux goûts et coutumes du temple, de la ville, du Lakou. .../...

Quelques petits détails peuvent donc changer mais le canevas principal reste le même quasiment partout. Au début des cérémonies et conformément à l'étiquette établie, les dignitaires se saluent par des gestes rituels appropriés à leur grades respectifs: Génuflexions, pirouettes simples ou multiples, signes de la tête et des main, prosternations, le baise-terre étant de tous le plus obséquieux, etc...

Après les premières salutations viennent les prières et invocations au "Gran Mèt" Olouhoum!!! soit en Français, soit en Créole ou en Latin. Le premier lwa à être invoqué dans toutes les cérémonies est toujours Legba, gardien de toutes les clés, patron des foyers et maitre des chemins, intermédiaire entre le Gran mèt et les autres Lwa et à qui tout le monde chante:

PAPA LEGBA, LOUVRI BARYÈ A POU MWEN

ATIBON LEGBA, LOUVRI BARYÈ A POU M PASE.

VODOU LEGBA, LOUVRI BARYÈ A POU M ANTRE

M VIN SALYE LWA YO

papa Legba , ouvre-moi la barrière,

Atibon Legba, ouvre moi la barrière que je puisse passer,

Vodou Legba, ouvre moi la barrière que je puisse rentrer

Je viens saluer les Lwas.

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C'est ensuite le traçage des vévés sur le parquet du Péristyle par un Houngan  ou une Mambo. Pendant ce temps les chants du chœur et le rythme des tambours invitent déjà l'assistance à ce préparer pour les danses. Après une intervalle de musique et de danses, on procède à la présentation des offrandes et au rituel du sacrifice. Suivent les danses rituelles au son de la musique des tambours, de l'ogan, du triangle des flûtes, des sifflets et des chants du chœur des hounsi. Cet aspect artistique  de la religion et l'un des plus intéressants et revêt une importance capitale.

C'est au cours de ces danses que se produit le phénomène le plus fascinant du Vodou: L'incarnation des Lwas que nous appelons THÉOMORPHOSE.

ÉTUDE ETHNO-DESCRIPTIVE G.A.FÉRÈRE

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